Livres

Etats mixtes sur papier : les murs du borderline, par Florie Adda

08 mai 2012 | PAR Yaël Hirsch

Étudiante aux Beaux-Arts, à 25 ans, Florie Adda livre un premier roman intime sur le mal-être en milieu hospitalier et aux bords de la folie. Un récit touchant, jamais larmoyant, et qui mêle, comme son titre l’indique, texte et dessins de la jeune-femme. Aux éditions Bleu Pétrole.

Premier internement, et contre toute attente grande joie. Dans une état planant et la mémoire vidée, F. peut entièrement s’adonner à ce qu’elle adore par-dessus tout : le dessin. Entre deux douches, elle  crée donc, jusqu’au jour où elle sent qu’il faut sortir. Aidée par la séduisante et placide Docteur I à laquelle elle s ‘attache malgré elle, F. reprend le chemin des cours, de son corps pesant qu’elle scarifie parfois et de ses contradictions. Même quand elle accepte de suivre un traitement, elle ne parvient pas brider sa liberté pour prendre ses médicaments, et parfois elle a tellement peur que c’est d’elle-même qu’elle retourne quelques jours ou quelques semaines à l’hôpital. Le livre entrain de s’écrire est une étape, qui pourrait bien pointer du doigt la voie de la guérison.

Simple, direct, sans chichis ni larmoiements, « États mixtes sur papier » est une chronique mi-ironique, mi-grave d’états d’âmes poussés jusqu’à la frontière de la vie. Même quand les voies de respirations spirituelles semblent bouchées, le texte reste limpide, intelligent et référencé (liste complète des citations en fin de volume). RÉtats mixtes sur papier » est une cloche de détresse illustrée (la préfacière, Stéphanie Hochet, compare les dessins à du Basquiat), portant une histoire personnelle bien sûr touchante et portée par une écriture qui se passe volontiers d’états limites et d’hystérie.

Le livre a complétement emporté l’adhésion de notre collègue sensible et précise, auteur du blog « Laisse Parle les filles », une chronique à lire d’urgence.

Florie Adda, États Mixtes sur Papier, Bleu Pétrole, 192 p. 20 euros.

« Peut-être que j’aurais dû dire à mes psys, quand je suis arrivée aux urgences la première fois, que c’était peu après une rupture. Une rupture amoureuse. Une vraie, une rupture. Mais lors d’une rupture amoureuse, la rupture n’est-elle qu’amoureuse? Je ne crois pas. C’est aussi avec une certaine idée de moi que j’ai rompu. Ce que j’aurais dû dire à mes psys quand je suis arrivée. ‘Je suis là parce que j’ai rompu avec moi. Est-ce qu’on peut encore sauver mon couple? parce que là, je vous explique, Je et Moi veulent divorcer et mon corps fait l’arbitre » p. 87.

 

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Yaël Hirsch
Co-responsable de la rédaction, Yaël est journaliste (carte de presse n° 116976), docteure en sciences-politiques, chargée de cours à Sciences-Po Paris dont elle est diplômée et titulaire d’un DEA en littérature comparée à la Sorbonne. Elle écrit dans toutes les rubriques, avec un fort accent sur les livres et les expositions. Contact : [email protected]

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