Essais

Tripes en série, les leçons de Dexter

23 septembre 2012 | PAR Franck Jacquet

Pourquoi le serial killer est-il (re)devenu sexy ? En quoi une série peut-elle être un succès populaire alors qu’elle propose un programme faisant plus que suggérer des scènes de découpage de corps ? Dexter est un des plus grands succès de l’industrie des séries US de la décennie 2000 et aborde 2012 avec un défi nouveau : continuer à faire croître son audience alors que sa septième saison s’annonce et que, l’auteur insiste sur ce point, le renouvellement est toujours difficile dans le cadre d’une série au schéma bien rôdé. Guillaume Serres, journaliste spécialisé sur les séries télévisées fut un pilier du magazine Générique(s) et collaborateur de nombreuses revues comme On the field. Il observe depuis plusieurs années le phénomène des séries télévisées, notamment les shows US, nouvel Eldorado des scénaristes en quête de projets d’envergure.

A ce titre, la série Dexter est un symbole de l’envol de ces séries. Elle n’est ni un pionnier, ni la plus primée, mais elle est l’une des plus regardées (plusieurs millions de téléspectateurs rien qu’aux États-Unis alors qu’elle se situe sur une télévision payante), elle s’est payée le luxe de progresser à plusieurs reprises après ses premières saisons et ce tout en se développant aux États-Unis comme au-delà de l’Atlantique comme un phénomène de mode. La série a joui d’une image en partie trendy en France grâce à son canal de diffusion ce qui ne fut pas le cas dans son pays d’origine. Pour autant elle reste plus largement populaire que des séries de prestige se développant au même moment (Mad Men, Boardwalk Empire…). La série aborde sa septième saison et doit se renouveler alors que son héros a désormais été découvert sous de nombreuses facettes : tueur en série de tueurs, il est aussi un père, un frère, un scientifique, un collègue dans la police de Miami…
En une trentaine de courts chapitres, Guillaume Serres décrit les aspects du succès de la série et analyse ses liens avec son environnement médiatique immédiat (séries proches, livres, films).

Sans fioritures, il aborde directement les aspects conférant à la série le caractère marquant qu’elle a. Il décrit tour à tour l’occurrence de « marronniers » des fictions américaines : le serial killer, les personnages récurrents adjuvants ou opposants (nemesis), la violence, les révélations, les enchaînements entre les saisons… Pour ceux connaissant mal le vocabulaire des shows US, un petit glossaire vient utilement les rappeler et les différencier. On cessera de confondre prequel et pilot ! Le vocabulaire de la série est devenu utile en soirée… Certains passages rappellent les liens que la série, malgré son aspect fictionnel, entretient avec des débats importants dans la société et les médias américains : violence à la télévision, peine de mort, vigilantisme, « géoblocage » des contenus et piratage, marketing viral… Dexter est aussi et surtout, selon Guillaume Serres, un super anti-héros qui a appris à tuer selon le code inculqué par son paternel. La filiation est donc aussi présente…

On pourra regretter le fait que l’auteur, passionné par son sujet, revienne très (trop ?) rapidement sur l’évolution du scénario (tout de même plus de 100 épisodes livrés). Il le fait au détour des comparaisons (code de procédure de la série et du héros de Ghost Dog par exemple), ce qui peut perdre un peu le lecteur non averti. Mais cela peut aussi inciter à découvrir la série. De même, l’analyse reste surtout faite de rapprochements avec les séries et films précédant ou suivant le développement de Dexter. Elle est renseignée sur ce point mais n’aborde pas ou très peu, sans doute par choix, les études sociologiques (en termes d’impact…), littéraires (on pensera à l’ouvrage de Martin Winckler) ou économiques (modèles de développement) qui font aujourd’hui flores sur le phénomène des séries.

Au total, Guillaume Serres nous livre une critique fournie d’une série à succès dont tout bon téléspectateur a entendu parlé au moins une fois. Elle trace autant de directions pour revoir le show à quelques jours de la prochaine saison première et donne à ceux qui ne la connaissent pas encore (comme moi) envie de goûter à son hémoglobine.

Guillaume SERRES, Anatomie d’un succès : 30 questions sur Dexter, bouquineo.fr – Chemins de traverse, juin 2012. Version électronique : 5.99 euros. Version papier : 15 euros.

Franck Jacquet.

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Franck Jacquet
Diplômé de Sciences Po et de l'ESCP - Enseigne en classes préparatoires publiques et privées et en école de commerce - Chercheur en théorie politique et en histoire, esthétique, notamment sur les nationalismes - Publie dans des revues scientifiques ou grand public (On the Field...), rédactions en ligne (Le nouveau cénacle...) - Se demande ce qu'il y après la Recherche (du temps perdu...)

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