Essais

Le crime organisé en Corse au prisme du journaliste Jacques Follorou

10 mars 2013 | PAR Jean-Paul Fourmont

Spécialiste du milieu corse et journaliste au « Monde », Jacques Follorou vient de publier La guerre des parrains corses, récemment paru aux éditions Flammarion.

LA MAFIA CORSE

Il existe, en Corse, une véritable mafia. Bien entendu, la mafia corse n’est pas assimilable à la mafia italienne. Le crime corse ne fonctionne pas comme une administration parallèle. Il n’y a pas d’ascension sociale possible au sein de ces organisations hiérarchisées.

En Corse, la vendetta classique se mêle aux règlements de comptes classiques, sur fond d’activités illégales. Il y a une structure clanique, laquelle ne repose pas sur un noyau familial. Le pizzo sicilien n’existe pas, il n’y a que le racket.

LES GROUPES CLANDESTINS NATIONALISTES

La mafia corse doit composer avec les groupes clandestins nationalistes, avec lesquels il y avait une certaine entente tant que ceux-ci étaient puissants. C’est moins le cas maintenant, depuis la fin des années 1990.

LA BRISE DE MER EN HAUTE CORSE

Depuis plus de trente ans, le groupe « La brise de mer » règne sur la Corse, et ce malgré l’Etat et les autres voyous. Ce groupe est à l’origine de plus de 97 attaques dans toute la France, et même en Suisse chez UBS. Tout cet argent a été investi dans l’immobilier et dans les casinos, en France comme à l’étranger.

LA FATALITÉ CORSE

Dans leur majorité, les Corses ont pris pour acquis que la pègre était une composante inaliénable de la société corse actuelle. Les homicides sont considérés comme une composante à part entière de la vie. A cet égard, il existe en Corse une règle tacite, selon laquelle « s’il y a des coups de fusil, c’est qu’il y a une raison »… La peur précipite la société corse vers le repli sur soi.

LA RÉPUBLIQUE NE FAIT RIEN

Au cœur de l’automne 2012, au pied des cercueils de l’ancien bâtonnier d’Ajaccio, Antoine Sollacaro, et du président de la chambre de commerce et d’industrie de Corse du sud, Jacques Nacer, le gouvernement a promis que la puissance publique ne reculerait pas. Pourtant, depuis 2008, force est de constater qu’elle connaît une brutale mutation qui décime ses rangs.

Cet ouvrage raconte pour la première fois le fonctionnement interne de cette mafia au moment où les cartes sont redistribuées à coup de calibre. Jacques Follorou décrit aussi la nature de son emprise sur la société corse, sur son économie et sur ses élus. Sur cette île, la population est si lasse qu’elle croit que la pègre est éternelle. Là-bas, les veuves des victimes baissent la tête devant les assassins. Prononcer le mot mafia ne suffit pas à la combattre.

Jacques Follorou a réalisé un travail tout à fait passionnant. Il a réussi le tour de force de définir les contours et le périmètre d’action du crime organisé corse. Il démontre que, sur cette île, le renversement des valeurs n’est pas une vue de l’esprit.

Il n’y a pas de croisade dans le présent travail de Jacques Follorou. Il manque, cependant, une investigation sur le rôle des politiques et des services secrets français, surtout que l’ancien responsable de la DCRI était corse (Bernard Squarcini).

Jacques Follorou, La guerre des parrains corses, éditions Flammarion, janvier 2013, 351 p., 21 euros.

[Interview] Clockwisë sort son nouvel EP : TWICE
Wladyslaw Znorko est parti rejoindre les étoiles à la découverte de l’univers
Jean-Paul Fourmont
Jean-Paul Fourmont est avocat (DEA de droit des affaires). Il se passionne pour la culture, les livres, les gens et l'humanité. Contact : [email protected]

One thought on “Le crime organisé en Corse au prisme du journaliste Jacques Follorou”

Commentaire(s)

    Publier un commentaire

    Votre adresse email ne sera pas publiée.

    Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *


    Soutenez Toute La Culture