Essais
Jacques Higelin et Valérie Lehoux, « Je vis pas ma vie, je la rêve »

Jacques Higelin et Valérie Lehoux, « Je vis pas ma vie, je la rêve »

14 octobre 2015 | PAR La Rédaction

Un jour, Jacques Higelin a décidé de tout arrêter. C’était un soir de 1986, à la fin d’une tournée, juste après la série mémorable de concerts qu’il avait donnés à Bercy pendant tout un mois. Des shows immenses, portés par une trentaine de musiciens et de danseurs chaque soir, dont Mory Kanté. « Je suis allé au bout de mes rêves », s’est dit le chanteur, alors déterminé à se « retrouver en paix avec [lui]-même ». Fort heureusement, il n’en fit rien. Deux ans plus tard, sortait Tombé du ciel, l’un de ses albums les plus vendus. Six autres disques suivront, ainsi que des centaines de concerts à travers la France; et un nouvel opus est aujourd’hui en préparation sous la houlette de Rodolphe Burger…


Alors qu’il s’apprête à fêter ses cinquante ans de carrière, lors d’un week-end spécial à la Philharmonie de Paris, l’auteur-compositeur de Champagne a livré cette confidence, et bien d’autres encore, à Valérie Lehoux, journaliste à Télérama, qui cosigne son autobiographie. A la veille de ses 75 ans, le livre retrace le chemin que cet enfant de cheminot a effectué depuis sa naissance, en octobre 1940 à Brou-sur-Chantereine (Seine et Marne), dans une famille alsaço-belge, à aujourd’hui. Un itinéraire très chaotique, fait d’improvisations et d’heureuses rencontres, et guidé par la passion de la musique et de la scène. Ce témoignage passionnant, livré à la première personne, revient sur l’enfance d’Higelin, bercée par les chansons de Maurice Chevalier et de Charles Trenet que son père jouait au piano. Mais aussi sur sa propre découverte, déterminante, du jazz. On y suit le jeune homme à la fois solitaire et fougueux délaisser les bancs de l’école pour le cours Simon. Viendront les premières expériences au cinéma, avant le service militaire en Algérie, qui ancrera à jamais en lui l’horreur de la guerre et de la violence. Higelin s’y raconte, constamment ouvert aux rencontres ; celle du guitariste Henri Crolla, un père de substitution, Jacques Canetti, qui l’ayant repéré à la Vieille Grille, lui fait enregistrer son premier disque (des reprises de Vian). Mais aussi Brigitte Fontaine, Peter Brooke, ou encore Barbara… L’artiste revient également sur les lieux qui ont façonné sa vie : Chelles, où il a grandi, la Provence, où il a vécu dans une communauté hippie, le château d’Hérouville où il a enregistré plusieurs albums et croisé Iggy Pop et David Bowie… Mais Higelin, c’est d’abord et surtout un amour immodéré du spectacle. Il évoque les salles mythiques qui ont forgé sa légende de showman : le Casino de Paris, le Cirque d’hiver, Mogador, le Grand Rex… « La scène est un partage, pas une épreuve de force », confie le saltimbanque qui avait pris l’habitude de terminer ses concerts des heures après l’horaire prévu.
Ponctué de visites sur les lieux qui ont compté dans sa vie, gorgé de souvenirs et d’anecdotes, Je vis pas ma vie, je la rêve dresse le portrait lumineux d’un artiste sans compromis, éternel amoureux, père ébloui de fierté. Un homme à la liberté contagieuse.

Jacques Higelin et Valérie Lehoux, Je vis pas ma vie, je la rêve. Fayard, 416 p, 20,9 €.

Ariane Singer

Visuel : DR

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