Pop / Rock
[Live Report] C’est dans la vallée, jour 2

[Live Report] C’est dans la vallée, jour 2

10 octobre 2015 | PAR Amelie Blaustein Niddam

« On prend cette voiture ? » oui c’est celle de l’entreprise du frère de Rodolphe, vous savez ? Et en fait, oui je sais. Car dès le deuxième jour dans La Vallée on est vraiment chez soi. Récit d’une journée qui a commencé sous terre, et rendez vous dans deux ans.


On avait quitté Sarah Murcia hier soir ( souvenez vous ) chantant les délicieux « Olala » de Kat Onoma. On la retrouve dans la mine Tellure. Imaginez un public qui s’est couché bien tard, armé d’un casque de mineur et chaudement vêtu . A ses côtés, le plus frenchie des chorégraphes américains, Mark Tompkins. Il a troqué ses paillettes contre un ciré tout en un fort jaune. Ils seront bientôt rejoints par  le guitariste Gilles Coronado. Pendant 30 minutes de performance, l’irréel trio va nous chanter et revisiter des titres des Sex Pistols et un de Dalida ( mourir sur scène). Certaines reprises sont le témoin d’un génie pur, notamment « No feelings ». La contrebasse de Murcia ici gelée prend un son de cathédrale. On est bien sous terre, les paroles sont darks. Ce programme se place dans un travail créé au TCI avec Sons d’hiver en février, avec Mark Tompkins, Benoit Delbecq, Gilles Coronado, Olivier Py et Franck Vaillant autour de l’album « Never mind the bollocks, here’s the Sex Pistols.

teaser NEVER MIND THE FUTURE 4’20 from Sarah Murcia on Vimeo.

On remonte à la surface le temps de redescendre et de comprendre que la Mine Tellure est une Roll’s. Maintenant, Fantazio sur proposition de Burger nous fait plonger dans d’autres contrées bien plus humides. Le garçon a l’habitude des expériences scéniques. Qu’il soit contrebassiste sans instrument pour une relecture de lui même via Elephant Man ou comme ici au fond du trou, la ligne est toujours celle de l’improvisation. Ici, on est dans de l’extrême. La mine Gabe Gottes fonctionne encore. On y entre en y chaussant bottes, casques et long ciré. On accède au « plateau » par un étroit chemin qui calmera tout le monde. Et puis on arrive, on s’assoit de la façon la plus inconfortable du monde et on se laisse saisir par cet homme qui dit de lui qu’il est « un paquet de légos disloqués avant assemblage ». Il va des sur-aigus aux graves nous compter la société et nous proposer de rester là, coupés du monde, quelques mois. On aurait dit oui si il y avait là des toilettes et du café. Mais aussi géniale et punk que fut la performance de ce jazz man, il fallait retrouver la lumière

A la savonnerie on découvre que dans l’excellence de C’est dans la Vallée on peut avoir deux déceptions à la suite. Lou nous fait le cadeau de nous présenter son prochain album encore en création. On reste à distance d’une voix qui ne variera pas  assez, de nappes 80 mille fois épuisées et de textes d’adolescentes, empruntant à Gerard de Nerval sa vision du sentiment amoureux. Quand elle chante le désir  « Rien n’est plus jouissif que ce regard dans le mien », elle est plus juste, dans sa gestuelle cassée qui accompagne bien sa voix grave, quasi parlée. Mais, il ne faut pas oublier qu’elle est encore en travail sur ce nouvel album. La proposition suivante, alléchante sur le papier, s’avère décevante. Charles Berberian et Mahut dessinent en direct pour l’exercice classique du concert dessiné. Ils font l’erreur d’y mêler un jeu de scène trop léger et de tisser le fil d’une histoire sans intérêt. Berberian cherche Mahut qui reste sourd.  Les dessins sont évidement très pertinents, tout comme le dispositif musical qui fait la part belle aux guitares, mais cela ne suffit pas à donner l’illusion d’une conversation dont les pinceaux et les cordes seraient les mots.

La journée se termine par une soirée au Théâtre, pour six heures de concert. Et ce fut de la folie pure avec comme fil évident : l’exigence. On aura commencé avec Olivier Mellano qui aura apporté la preuve que le noise peut être absolument mélodieux. Puis LA révélation rock 2015 est entrée en scène. Jeanne Added a déroulé son sublime Be Sensational se révélant au passage être une incroyable bête de scène. Elle vient du classique et cela se sent. Elle est très bien accompagnée par la batteuse jazz Anne Paceo et par la claviériste Narumi Hérisson du groupe Tristesse Contemporaine. Jeanne Added est déjà à la tête de nombreux projets et elle navigue en eaux calmes quand il s’agit de passer du hip hop à l’éléctro. Son album réalisé avec Dan Levy (The Dø) passe l’épreuve du live avec génie.
C’est ensuite les « dada-punk » de Salut c’est cool qui auront fait sauter tout le théâtre avec leurs refrains du genre « Ça y est je dors x8
Je suis dans un rêêêêve
Je suis dans un rêêêê-êê-ê-êve ». Gros sauts/ Cris/ Disparition d’un membre du groupe/ Saut…
Autant dire que le public n’avait pas besoin d’être plus réchauffé que cela pour accueillir comme il se doit Laurent Garnier très en forme. Alors qu’il vient de sortir sa Home Box il a ici proposé un set progressif, très techno qui aura fini en reggaeton. Ce fut la fête aux guests avec une mention spéciale à Rodolphe Burger qui a imposé le refrain « Laurent Garnier, in the Vallée ». Dément, pointu. Garnier a régné en maître, s’offrant même le petit plaisir de rejouer « The man with the red face » cette fois en compagnie non pas d’un saxophoniste mais de Mellano de retour.

Le festival se clôt aujourd’hui, avec notamment une performance de Flavien Berger. Rendez-vous dans deux ans.

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Amelie Blaustein Niddam
C'est après avoir étudié le management interculturel à Sciences-Po Aix-en-Provence, et obtenu le titre de Docteur en Histoire, qu'Amélie s'est engagée au service du spectacle vivant contemporain d'abord comme chargée de diffusion puis aujourd'hui comme journaliste ( carte de presse 116715) et rédactrice en chef adjointe auprès de Toute La Culture. Son terrain de jeu est centré sur le théâtre, la danse et la performance. [email protected]

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