Essais
De notre servitude involontaire d’Alain Accardo: « Vive la révolution ! Tout le reste est verbiage de petit bourgeois… »

De notre servitude involontaire d’Alain Accardo: « Vive la révolution ! Tout le reste est verbiage de petit bourgeois… »

25 juin 2013 | PAR Le Barbu

couv_2917Depuis le mois de mai 2013 les éditions Agone nous proposent un ouvrage plein de rage dans sa collection Elements. De notre servitude involontaire d’Alain Accardo s’inscrit dans une ligne éditoriale contestataire qui ouvre le champ des possibles et met à l’honneur le débat d’idées. Chroniqueur pour la revue Décroissance, Alain Accardo est sociologue. Il est l’auteur de Introduction à une sociologie critique (2006), Le petit bourgeois gentilhomme (2009) et Engagements (2011).

De notre servitude involontaire est un ouvrage motivé par le sentiment d’indignation devant l’état du monde : destruction matérielle et spirituelle, renforcement des inégalités sociales, déshumanisation, pensée unique, pression conformiste… Le monde est perçu comme une marchandise dont la seule fonction est le profit d’un petit nombre. Le reste de la masse de l’humanité n’est qu’un troupeau de moutons manipulé par les maîtres à Ne-pas-penser.

Plus encore que notre adhésion consciente, c’est notre adhésion inconsciente qui fait la force du système capitaliste. Rentrons dans le vif du sujet. Le coupable de nos maux actuels est désigné : le capitalisme effréné. Mais nous avons les mains sales, car nous sommes complices de la bonne marche du système. Le système fonctionne grâce à notre adhésion. Et nous adhérons à ce système car c’est lui qui nous a produit. Il est en nous. Les obligations et devoirs que nous lui rendons ne sont donc pas perçus comme des contraintes. Notre adhésion spontanée est la propriété intrinsèque du fonctionnement durable du système. Le peuple adhère à sa propre dépossession et à son propre avilissement, tout en étant baigné d’illusions de réussite et d’égalité des chances, de pluralisme d’opinion, et de véritable pouvoir politique.

Pour éviter d’avoir à casser des têtes, il vaut mieux façonner durablement les corps et « l’esprit » qui les habite. Pour la longévité d’un système, il faut impérativement que ceux qui le font fonctionner soient disposés à le faire de leur plein gré, au moins pour ce qui touche à l’essentiel. Et plus leur adhésion gagne en spontanéité, moins ils ont besoin de réfléchir pour obéir, mieux le système se porte.

Se pose alors la question de la légitimité de nos institutions démocratiques, et plus précisément du droit de vote, et de la réelle utilité de notre bulletin dans l’urne…

C’est ainsi que depuis des lustres nous apportons, au moins au second tour du scrutin (et à contrecœur pour nombre d’entre nous), nos voix aux candidats de partis qui se prétendent de gauche, qui se réclament du socialisme mais qui, une fois élus, font, et avec quel zèle, la politique dont le capitalisme a besoin pour  soumettre la planète.

Les dés sont pipés. Il est naïf de croire qu’il suffit de changer de gouvernement pour changer de société. Le débat est réduit à une pensée unique, la pensée de marché. Les opinions ont l’air contradictoires en apparence, mais finalement sont équivalentes. Le débat est réduit à la seule thématique de la politique économique et sociale. Quelle que soit la tendance politique, il n’y a pas de débat, ni de réel affrontement. C’est la mort du débat d’idée.

Quand le pouvoir change de main il ne change pas forcément de logique. […] Les partis sociaux démocrates ratissent le plus largement possible les suffrages des salariés, surtout des plus modestes, pour leur faire épouser le principe même de leur propre dépossession. […] Les classes populaires sont réduites à un rôle subsidiaire, purement électoral et formel.

De_notre_servitude_involontaire500Comment changer le monde ?

Bonne question. En prenant le risque de la dissidence… Attention Hérésie ! La dissidence est une menace intolérable d’un totalitarisme déguisé… Toute critique provoque la mobilisation immédiate des préposés à la défense du système qui étouffent l’opinion hérétique ou la déconsidèrent en l’accusant d’être politiquement incorrecte…

La bêtise et la mauvaise foi auront vite fait de dénoncer ces opinions sulfureuses, et de les ranger dans le populisme, l’intégrisme, voir même le fascisme… Alors qu’il n’y a rien de pire que d’entretenir un système déshumanisé et criminel sous couvert d’un humanisme de bonne conscience politiquement correct.

Soyons sérieux. Changer le monde, c’est surtout se réformer soi-même, changer de mode de vie. Devant l’insuffisance du combat politique traditionnel il est de notre devoir d’envisager les choses sous un autre angle, et d’agir. Il est nécessaire d’amener les gens à comprendre qu’il faut travailler à se réformer soi-même, et peut-être s’orienter vers la sobriété heureuse. Au delà de ce constat accablant, qui pour l’instant n’est composé que de mots couchés sur le papier, Alain Accardo prône l’éducation, l’action, la Révolution.

Un énorme travail d’information et d’explication est plus que jamais nécessaire pour remettre sur les rails un mouvement révolutionnaire.

De notre servitude involontaire est un ouvrage qui a la vertu de vous sortir la tête de l’eau. Lu comme on prend un coup de pied au cul, ce livre enragé et engagé ne doit pas être pris que pour un coup de gueule. Il doit être perçu comme une analyse critique de notre société, de nos maux, et de notre rôle évident dans le maintien d’un système qui nous broie. Il est devenu évident qu’aujourd’hui il y a urgence, et qu’il est vital que nous apportions le changement sans attendre que ce changement vienne de la politique d’un gouvernement. Regardons du côté du Brésil, de la Turquie… A quand la mondialisation de la contestation… ? Qu’attendons nous pour changer ? Qu’attendons nous pour agir ? Qu’attendons pour redevenir enfin humain ?

Lisez ce livre !

Extraits :

Ce constat nous autorise à penser que le monde effarant dans lequel nous vivons est bien le produit de notre action, c’est à dire le produit d’une société où dominent la niaiserie intellectuelle et la médiocrité morale de la plus grande partie de la population et plus particulièrement des classes moyennes qui ont érigé […] la bêtise prétentieuse en un art de vivre.

Une des critiques les plus justifiées, adressées au système capitaliste actuel, c’est de tout transformer en marchandise et corollairement, de transformer tout individu en consommateur […]. C’est cela qui est insoutenable. Le tout-marché capitaliste, parce qu’il n’a pas d’autre finalité que le profit, tend aveuglément, sans souci du crime contre l’humanité qu’il commet, à réduire les êtres humains à du bétail qu’on mène de la crèche à la pâture, de la pâture à la saillie, et de la saillie à l’abattoir.

C’est ça la démocratie libérale : la saloperie des riches légitimée par la bêtise des pauvres.

De notre servitude involontaire d’Alain Accardo, éditions Agone, collection Elements, édition actualisée et augmentée, mai 2013, 155 pages, 8 euros.

Première parution dans la collection « Contre-feux » (Agone, 2001)

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Le Barbu
Le Barbu voit le jour à Avignon. Après une formation d'historien-épigraphiste il devient professeur d'histoire-géogaphie. Parallèlement il professionnalise sa passion pour la musique. Il est dj-producteur-organisateur et résident permanent du Batofar et de l'Alimentation Générale. Issu de la culture "Block Party Afro Américaine", Le Barbu, sous le pseudo de Mosca Verde, a retourné les dancefloors de nombreuses salles parisiennes, ainsi qu'en France et en Europe. Il est un des spécialistes français du Moombahton et de Globalbass. Actuellement il travaille sur un projet rock-folk avec sa compagne, et poursuit quelques travaux d'écriture. Il a rejoint la rédaction de TLC à l'automne 2012 en tant que chroniqueur musique-société-littérature.

One thought on “De notre servitude involontaire d’Alain Accardo: « Vive la révolution ! Tout le reste est verbiage de petit bourgeois… »”

Commentaire(s)

  • PL

    Un très bon ouvrage, chez un éditeur ou il fait dependant meilleur être dans la servitude du patron ! Malheur à ceux qui oseront critiquer le maitre ! Toute l’équipe salariée est partie fin 2012 (cinq personnes), lassée du harcèlement moral et du décalage entre le contenu des livres et le discours public du patron et le quotidien au travail.

    juillet 10, 2013 at 17 h 09 min

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