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Avignon Off : « Marx – F.T.M. Fétiche ta marchandise » ou l’asservissement aux biens matériels

Avignon Off : « Marx – F.T.M. Fétiche ta marchandise » ou l’asservissement aux biens matériels

18 juillet 2018 | PAR Magali Sautreuil

Sommes-nous tous les esclaves de nos désirs, de nos pulsions d’achat sans sommation de biens marchands ? Pourquoi sommes-nous tant obnubilés par de simples objets ? Posons-nous ces quelques questions et réfléchissons-y avec Marx – F.T.M. Fétiche ta marchandise, une pièce créée à l’occasion du bicentenaire de la naissance de Karl Marx et présentée en ce moment au théâtre de la Carreterie par la Compagnie du Visage.

Qu’est-ce qu’une marchandise ? Si personne ne le demande, nous savons tous ce que c’est. Par contre, si on nous demande de l’expliquer, nous ne le savons plus. Pourtant, on en utilise tous les jours, sans jamais se poser de questions…

Devrions-nous nous en poser ? Peut-être, si on lit le chapitre sur Le fétichisme de la marchandise du Capital de Karl Marx. Peu étudié, ce dernier est pourtant toujours d’actualité, sans doute même davantage qu’à l’époque de son auteur, à laquelle renvoient les costumes des différents protagonistes.

Redingotes, chapeaux haut-de-forme et accessoires vintage sont inspirés de l’univers Steampunk. Un tel choix permet d’évoquer à la fois le XIXème siècle et ses révolutions industrielles, que Karl Marx a vécus, et le moment présent par leur côté intemporel, et c’est d’ailleurs tout le propos de la pièce.

En effet, le discours de Marx est toujours d’actualité. À travers sa pensée, la Compagnie du Visage nous amène à réfléchir et à questionner nos modes de consommation effrénés, nos délires consuméristes, sur la disparition des valeurs d’échange et d’utilité, du travail nécessaire à l’élaboration des marchandises, au profit de la valeur argent prônée par la société capitaliste, ainsi que les liens qui nous unissent les uns aux autres…

Le spectacle s’ouvre ainsi sur le discours de deux bonimenteurs de foire, vantant les vertus d’un objet exceptionnel, dissimulé sous un tissu rouge, que nous ne découvrirons qu’à la fin de la pièce. Ne pouvant le voir, devrions-nous les croire sur parole ? Et quand bien même, pourquoi serions-nous obligés de remplacer ce que nous possédons de similaire par ce nouvel objet si nous n’en avons pas réellement l’utilité ?

Ceci n’est qu’une des cinq / six saynètes choisies pour illustrer notre rapport aux marchandises. Tantôt drôles et absurdes, tantôt touchantes et tristes, elles nous mettent en scène toute une galerie de personnages parfois caricaturaux : des bonimenteurs de foire au collectionneur russe membre de l’oligarchie, en passant par un gourou capable de guérir les âmes égarées grâce à des bâtons d’encens (un commerce lucratif soit dit au passage, puisqu’il invite ses patients à se détacher de leurs biens matériels à son profit), un consommateur impulsif qui doit absolument se procurer le dernier smartphone, quitte à camper devant le magasin, un travesti qui se prostitue, faisant ainsi de son corps une marchandise…

Cela en fait du monde ! Ils ne sont pourtant que deux en scène. Alors, afin de ne pas perdre le spectateur, pénombre, modification d’un élément du costume, de décor et de voix marquent les changements de saynètes et les alternances entre ces dernières et les passages lus du texte de Karl Marx. Se trouvent ainsi mêlés la fantaisie de la Compagnie du Visage, son humour et le discours de l’économiste allemand. Cela rend ce dernier moins austère et plus accessible, nous insufflant l’envie de lire le fameux Capital. Il en est de même pour les quelques morceaux de rap / slam composés par Tha Manz, qui renforcent le côté décalé du spectacle et rendent la pensée de Marx plus digeste.

Ce que vous propose donc la Compagnie du Visage avec Marx – F.T.M. Fétiche ta marchandise, c’est une réflexion philosophique sur notre société de consommation, traitée avec lucidité, humour et poésie. Un hommage à Karl Marx et une vulgarisation réussis de son oeuvre !

Marx – F.T.M. Fétiche ta marchandise, de Benjamin Perez et Avner Camus Perez, avec Benjamin Perez et Raphaël Plutino
Théâtre de la Carreterie, du 6 au 28 juillet 2018, jours pairs, à 15 heures 45 – 1 heure

Visuels : © Compagnie du Visage – Association Cabo Mundo

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Magali Sautreuil
Formée à l'École du Louvre, j'éprouve un amour sans bornes pour le patrimoine culturel. Curieuse de nature et véritable "touche-à-tout", je suis une passionnée qui aimerait embrasser toutes les sphères de la connaissance et toutes les facettes de la Culture. Malgré mon hyperactivité, je n'aurais jamais assez d'une vie pour tout connaître, mais je souhaite néanmoins partager mes découvertes avec vous !

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