Essais
Annie Lacroix-Riz, Industriels et banquiers français sous l’Occupation

Annie Lacroix-Riz, Industriels et banquiers français sous l’Occupation

19 septembre 2013 | PAR Jean-Paul Fourmont

Annie Lacroix-Riz est ancienne élève de l’Ecole normale supérieure. Agrégée d’histoire, professeur émérite à l’Université Paris VII, elle publie une deuxième édition de l’ouvrage Industriels et banquiers français sous l’Occupation chez Armand Colin.

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industriels et banquiersOUVERTURE DES ARCHIVES DES ANNÉES 1930-1940
L’ouverture des archives des années 1930 et 1940, en particulier celle des fonds français et allemands de l’instruction des procès des ministres de Vichy en Haute cour, permet à l’auteure d’élargir le champ de la précédente édition.

COLLABORATION CONTINENTALE ET EUROPÉENNE
La nouvelle édition de l’ouvrage sur le monde industriel et bancaire pendant la Seconde Guerre mondiale permet de répondre formellement à toutes les questions sur la collaboration avec l’Allemagne. Il y eut une collaboration sans fard avec les Nazis de la part de la haute banque et de la grande industrie, ce qui amplifia la collaboration continentale et européenne avec les Allemands.

LE PROCESSUS DE COLLABORATION
Il y eut de fort nombreuses ventes au Reich. Cela concernait tout ce qui pouvait être vendu, des matières premières aux produits fabriqués. Des cartels européens à direction allemande furent également fondés. De 1940 à 1944, les cessions de titres français furent massives… C’était ce que l’on appelait alors l’aryanisation, c’est-à-dire la spoliation généralisée des Juifs.

ENNEMIS INTÉRIEURS ET EXTÉRIEURS
Bien avant 1936, date retenue par l’historien américain Robert Paxton, les grands dirigeants de l’économie hexagonale donnèrent la priorité à l’ennemi intérieur sur l’ennemi extérieur. La montée des totalitarismes fasciste et nazi plaisait. Il s’agissait notamment de combattre le communisme. Les industriels et les banquiers français firent confiance à Laval dès 1934 et à « son dessus de cheminée indispensable » (i.e. Pétain).

DE LA FERVEUR GERMANO-EUROPÉENNE A LA RECONVERSION AMÉRICAINE…
La défaite allemande se profilant à l’horizon, les hauts dirigeants de l’économie française passèrent promptement de la ferveur germanique à l’admiration pour les Etats-Unis d’Amérique, ce qui expliquerait par exemple la fuite de Maurice Couve de Murville en Afrique du nord.

Le livre d’Annie Lacroix-Riz, qui est préfacé par l’écrivain Alexandre Jardin dont le grand-père était directeur de cabinet de Pierre Laval, est très complet. Il apporte de nouveaux éléments sur la collaboration et, ce faisant, ouvre de stimulantes perspectives de réflexion. On y apprend beaucoup de choses, telles que la production et la livraison de gaz Zyklon B par la France aux Nazis dans le cadre de la solution finale.

Certains reprochent à l’auteure son parti pris marxiste ainsi qu’une vision excessivement manichéenne des choses, mais cet ouvrage d’excellente facture a le mérite de provoquer le débat en renouvelant les connaissances sur le sujet et ainsi d’éviter le recommencement de telles horreurs. C’est déjà beaucoup.

Annie Lacroix-Riz, «Industriels et banquiers français sous l’Occupation », Armand Colin, août 2013, 816 p., 35 euros.

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Jean-Paul Fourmont
Jean-Paul Fourmont est avocat (DEA de droit des affaires). Il se passionne pour la culture, les livres, les gens et l'humanité. Contact : [email protected]

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