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Entretien avec le fondateur du Prix Virilo, Philippe Butigieg

Entretien avec le fondateur du Prix Virilo, Philippe Butigieg

09 novembre 2011 | PAR Yaël Hirsch

Lundi 7 novembre, en parallèle du Prix femina, qui a été à Simon Liberati pour « Jayne Mansfield 1967 » (Grasset), le prix virilo a été décerné à Éric Chevillard pour son roman « Dino Egger » (Minuit). Remises officielle des prix au même lieux pour les deux lauréats : le Crillon, à Paris. Les membres moustachus et moustachues du Virilo ont à peu près un tiers de la moyenne d’âge des jurées du femina et qui sont restés potaches comme en hypokhâgne. Il n’hésitent pas à remettre un deuxième prix « Trop Vrilo » aux vilains petits canards qui sont « trop » (trop de testostérone, de machisme et de scènes de sexe). Et ces gentlemen du 21e siècle étaient même tentés de couronner cette année une femme (Carole Martinez). Au cours de la soirée sympathique que les virilo’s avaient organisé dans un bar d’Oberkampf, nous avons rencontré son fondateur et président, Philippe Butigieg. Conversation de moustache à moustache.

Comment est née l’idée du virilo ?
Elle est née d’une blague potache comme toutes les bonnes idées. Il y a 7 ans, à la remise du femina, nous sommes partis dans une série de questions sur le nom de ce prix. Et nous avons imaginé un pendant masculin. Prix macho? Non prix virilo ! Une de nos idées ubuesque que nous avons décidé de lancer 3 ans après.

S’il s’agit d’une blague de potaches, pourquoi effectivement remettre le prix virilo en récompense très sérieuse pour un livre dont vous avez apprécié le style?
Chaque juré lit une quarantaine de livres chaque année lors de la déferlante de la rentrée littéraire. Et l’on subit trop de livres médiocres. Quand on a été élevé à Musset, Flaubert et Proust, comme n’importe quel bachelier, c’est vraiment difficile. Alors quand on peut extraire quelques pépites de la médiocrité, dans ce cas-là on se dit que ce serait vraiment bien de le souligner. Après on fait de l’humour sur les accessits.

Peux-tu te présenter aux lecteurs de toutelaculture?
Je m’appelle Philippe, je suis né à Saint-Etienne, ce qui me permet d’apprécier toutes les autres villes où j’ai vécu. J’ai créé le prix Virilo il y a quelques années. Chez nous la règle cardinale, c’est le « lol », la bonne ambiance. Nous sommes assez égaux, en dialogue….Moi, je suis un peu le relou qui demande aux confrères d’écrire des critiques sur le site. Notamment aux temps de forts de la rentrée littéraire.

Quelques mots sur le lauréat 2011, votre coup de cœur de l’année?
Le coup de cœur littéraire de cette année c’est « Dino Egger » d’Eric Chevillard aux éditions de Minuit. Éric chevillard est un styliste pur, et en même temps c’est quelqu’un qui fait avancer la littérature en lançant des projets un peu fous, comme écrire un livre sur quelqu’un qui n’a pas existé. La plupart des auteurs l’ont déjà fait. Après tout, Madame Bovary n’a pas existé. Sauf que Chevillard est très conscient de cette inexistence. Il cherche la preuve du génie de son personnage  – qui n’existe pas!- à travers les lacunes de notre monde. Ça donne un livre un peu starbé et extrêmement casse-gueule qu’il tient sur plus de 200 pages en étant hilarant. Ça me fait penser aux Monty Python, c’est du non sens, porté par un style magistral. C’est un grand livre.

A qui décernez vous le prix « Trop virilo »? On m’a expliqué que vous faites un lien direct entre virilité et sexualité exacerbée…
Ce prix va à un livre qui déborde de testostérone, où il y a des chibres et du foutre un peu partout, pour le dire crûment… Parce qu’on s’est rendu compte que dans la rentrée littéraire, parfois le manque d’imagination est compensé par un sensationnalisme volontiers sexuel, dans une tendance de la porno-isation à tout crin, et cela s’accompagne souvent d’images assez machistes. Qui sont assez rigolotes, parce que c’est assez ridicule quand on imagine le petit scribouillard ou l’écrivain qui balance des trucs extrêmement machistes et lourdingues dans sa vision des femmes depuis sa table rectangulaire de travail. On l’a donné à Valérie Giscard d’Estaing, car il est à l’Académie Français, on ne sait pas pourquoi alors qu’il publie des romans Harlequin. Et là, on l’a remis à Eric Reinhardt (pour « Le Système Victoria » chez Stock, voir notre critique, ndlr) parce qu’on ne comprend pas trop pourquoi il a été encensé par les médias. Le héros est atteint de priapisme mais en même temps ne jouit jamais et quand il jouit, cela précipite la mort de sa petite amie. C’est très étrange, il y a toute une réflexion sur le sexe, on sent que cela travaille beaucoup l’auteur, tout ceci est trop surfait et très drôle de temps en temps.

L’humour du Prix Virilo s’approche-t-il de celui des Gérards?
Oui on a contacté un des Gérards, Stéphane Rose. On avait mis un de ses livres en clin d’œil au palmarès des Trop Virilo, il y a quelques années. Et je pense aller à son, prix, le prix de l’inaperçu, au printemps prochain. On aime beaucoup leur humour, on est totalement dans cette optique là. On trouve que les milieux littéraires sont totalement compassés, un livre est toujours sacré, on n’aurait pas le droit de le regarder de trop bas. Et nous, on aime bien de temps  en temps, quand c’est mérité, descendre un livre du piédestal… Même si parfois ce livre a été  positivement critiqué par des amis.

Vous êtes bien plus jeunes que les jurées du fémina…
Oui c’est vrai, la moyenne d’âge chez elles doit être au dessous de 70 ans, chez nous au-dessous de 30. Mais nous aimons tous lire, et je crois que cette jeunesse nous permet d’être impertinents. Les journalistes aiment bien qu’on dise tout haut ce que tous disent tout bas.

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Yaël Hirsch
Co-responsable de la rédaction, Yaël est journaliste (carte de presse n° 116976), docteure en sciences-politiques, chargée de cours à Sciences-Po Paris dont elle est diplômée et titulaire d’un DEA en littérature comparée à la Sorbonne. Elle écrit dans toutes les rubriques, avec un fort accent sur les livres et les expositions. Contact : [email protected]

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