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Décès de l’écrivaine Christa Wolf

Décès de l’écrivaine Christa Wolf

01 décembre 2011 | PAR Yaël Hirsch

La grande femme des lettres est-allemandes, s’est éteinte jeudi 1er décembre à Berlin,  à l’âge de 82 ans. Si ses engagements dans les hiérarchies de la RDA  ont pu être contestés dans les années 1990, elle laisse indubitablement derrière elle une des plus importantes œuvres écrites en Allemand de la 2e moitié du 20e siècle.

Née à Landsberg (Prusse Orientale) en 1929, Christa Ihlenfeld s’installe avec ses parents à l’Est par conviction politique après la Deuxième Guerre mondiale. Après des études de lettres à Iena et Lepizig, elle épouse l’écrivain Gerhard Wolf dont elle a deux enfants. Engagée dès 1949 au parti communiste (la SED), la femme de lettres y demeure jusqu’à sa dissolution. Christa Wolf a également appartenu longtemps au comité directeur de l’Union des écrivains de la RDA. Elle a également  reçu par deux fois le « Prix national de la RDA ».Cette parfaite intégration dans les rouages de l’intelligentsia communiste lui vaudra de nombreuses critiques dans les années 1990. Jusqu’à la fin des années 1980, comme le prouve son « discours du tournant » prononcé en novembre 1989 de la AlexanderPlatz, Christa Wolf a continué à espérer dans un socialisme juste et égalitaire. Dès la fin des années 1960, ses écrits témoignent de certains doutes qui commencent avec son récit « Christa T » (1968) où la leucémie de l’héroïne a pu être perçue comme un cancer communiste par certains critiques. Et lorsque la RDA déchoit de sa nationalité et renvoie le poète et auteur compositeur Wolf Biermann pour son art critique, Christa Wolf proteste ouvertement. A la fin du régime, Christa Wolf n’était plus membre de l’Union des écrivains et surveillée par la Stasi. Enfin, « Ce qui reste » (1989) pose ouvertement et de manière autobiographique la question des libertés en Allemagne de l’Est face à la surveillance de la Stasi. La chute du mur a laissé l’auteure déboussolée et elle-même se décrivait comme appartenant à un autre siècle. Paradoxalement, l’art de Christa Wolf se situe plutôt du côté de l’intime et de l’épanouissement de personnages individuels. Le quotidien fait souvent effet de massue dans ses livres et c’est par le mythe (Cassandre, 1983, Médée, 1996) que la poésie personnelle de l’auteure atteint l’universel. C’est cette écriture à la fois forte et subtile, et récompensée par les plus grands prix, dont le Prix Büchner en 1980, que l’auteure nous laisse en héritage – avec une réflexion interminable sur les ambigüités des liens entre intellectuels, croyances généreuses et réalité de l’implication dans l’oppression d’un régime socialiste.

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Yaël Hirsch
Co-responsable de la rédaction, Yaël est journaliste (carte de presse n° 116976), docteure en sciences-politiques, chargée de cours à Sciences-Po Paris dont elle est diplômée et titulaire d’un DEA en littérature comparée à la Sorbonne. Elle écrit dans toutes les rubriques, avec un fort accent sur les livres et les expositions. Contact : [email protected]

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