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Contre tout espoir, les souvenirs de Nadejda Mandelstam disponibles chez Gallimard (Tel)

01 avril 2012 | PAR Yaël Hirsch

Traduits en français et préfacés par Joseph Brodsky, les mémoires de la femme du poète Ossip Mandelstam retracent le climat parmi les intellectuels lors des années les plus dures du stalinisme. Un témoignage irremplaçable, ourlé de commentaires de poèmes de Mandelstam, Akhmatova ou encore Pasternak.

« Le poète n’est qu’un homme, un homme comme les autres, et son sort doit être le sort commun, caractéristique du pays et de l’époque qui guette tout un chacun« .

Tout commence en 1934. Un matin à l’aube, Ossip Mandelstam est arrêté. On interroge plusieurs fois sa femme. Il est accusé d’avoir écrit un poème extrêmement critique sur Staline, Le Montagnard du Kremlin. Il n’y a pas de trace écrite, mais un de ses amis a parlé. Mandelstam ne nie pas. Par miracle, il ne disparaît pas et l’on propose même à son épouse de le suivre dans son exil, à Techerdyn d’abord, puis à Voronej, qui est un camp bien moins dur d’où Mandelstam a écrit  ses fameux cahiers.  La deuxième arrestation de 1938 pour activités conter-révolutionnaires sera fatale au poète.

Sa femme lui a survécu jusqu’en 1980 et livre dans « Contre tout espoir » (première publication, 1970) un compte rendu psychologiquement et artistiquement fidèle de ces années terribles. Autopsiant la manière dont un régime totalitaire peut changer son peuple sans pour autant modifier certains gestes d’entraide, elle se focalise sur cette communauté particulièrement fragile et décimée qu’ont été les artistes « contre-révolutionnaires ». Un témoignage difficile et douloureux, et une mine d’informations indispensables pour ceux et celles qui s’intéressent à la période.

« Ceci n’est pas de la littérature mais une timide tentative pour décrire un sentiment éprouvé sans doute par un grand nombre de gens ayant franchi le pas fatal. Cela se manifestait surtout par une indifférence totale envers tout ce qui restait derrière nous, car nous avions la certitude d’être tous conduits à une extermination certaine. » p. 53.

 

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Yaël Hirsch
Co-responsable de la rédaction, Yaël est journaliste (carte de presse n° 116976), docteure en sciences-politiques, chargée de cours à Sciences-Po Paris dont elle est diplômée et titulaire d’un DEA en littérature comparée à la Sorbonne. Elle écrit dans toutes les rubriques, avec un fort accent sur les livres et les expositions. Contact : [email protected]

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