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« Une histoire orale d’Andrzej Zulawski » par Matthieu Rostac et François Cau : L’important c’est d’aimer le cinéma

« Une histoire orale d’Andrzej Zulawski » par Matthieu Rostac et François Cau : L’important c’est d’aimer le cinéma

05 mars 2021 | PAR Julien Coquet

La réédition en DVD de Possession par les éditions Le Chat qui fume se trouve couplée avec la parution chez Nitrate du portrait d’un réalisateur jusqu’au-boutiste au cinéma finalement peu connu : Andrzej Zulawski.

Si le nom du cinéaste polonais se retrouve sur toutes les lèvres des cinéphiles, il est pourtant peu connu du grand public et des jeunes amoureux du septième art. La faute sûrement à une distribution des œuvres erratique et à un parcours du combattant pour revoir certains films pourtant acclamés dès leur sortie, comme Sur le globe d’argent. Deux films reviennent particulièrement dans la filmographie de Zulawski : L’Important c’est d’aimer (1975) et Possession (1981). D’une façon amusante, ce sont aussi deux scènes auxquelles on pense directement lorsque l’on évoque ces films : celle d’une Romy Schneider en pleurs, poussée à bout sur un tournage, dans le premier ; et celle d’une Isabelle Adjani possédée dans les couloirs du métro berlinois (scène qui n’a nécessité que deux prises), pour le second.

François Cau et Matthieu Rostac, tous deux amateurs de cinéma de genre, bien connus des adeptes de Nanarland, Mad Movies et du podcast Discordia, ont rencontré une cinquantaine de proches et collaborateurs du réalisateur polonais. Ce sont au total 21 films ou projets qui prennent vie à travers la parole récoltée par les deux auteurs. Si chaque film s’ouvre par un synopsis et une rapide fiche technique, les coauteurs laissent alors entièrement le champs libre à leurs interlocuteurs, le texte se présentant comme une succession de citations, anecdotes et portraits du réalisateur. Lorsqu’on connaît la précision et l’importance du montage dans le cinéma de Zulawski, parions que ce dernier n’aurait pas renier le projet.

Le frère Mathieu Zulawski, le fidèle opérateur Andrzej J. Jaroszewicz, le producteur Paulo Branco, le réalisateur Nicolas Boukhrief ou encore les acteurs et actrices Pascal Greggory, Valérie Kaprisky, Sophie Marceau (ex-compagne de Zulawski), etc. se livrent pour proposer le portrait d’un réalisateur démiurge. Tous louent l’intelligence d’un homme qui savait exactement où il voulait aller, l’exigence d’un réalisateur qui pouvait en rebuter certains. On lit aussi parfois entre les lignes la difficulté de tourner avec un homme qui demandait tant. Les périodes calmes, en-dehors du tournage, alternent les tempêtes sur les plateaux. La mécompréhension entre les équipes polonaises et les équipes françaises n’aident pas tout le temps. Des débuts de Zulawski en tant qu’assistant de Wajda au Parler des oiseaux réalisé par son fils, Une histoire orale d’Andrzej Zulawski nous plonge dans la personnalité d’un cinéaste exigeant en nous faisant découvrir la vision d’un cinéma hystérique.

Propos de Nicolas Boukhrief, collaborateur de Zulawski :
« Zulawski est pour moi un cinéaste profondément polonais. Si on le compare à d’autres réalisateurs du cinéma polonais, à Wajda ou à Wojciech Has, il trouve parfaitement sa place et sa cohérence. Il se trouve simplement que ce cinéaste polonais est venu travailler en France et il y a eu, parfois, un certain malentendu sur son compte, y compris dans la perception de sa direction d’acteurs. On dit souvent que le jeu chez Zulawski est hystérique – si on se place d’un point de vue français, je comprends parfaitement cette remarque. Mais si vous regardez le cinéma de l’Est, polonais ou russe, cette même fièvre se retrouve dans un grand nombre de films… Zulawski est donc un cinéaste pétri de culture polonaise, qui a continué à faire du cinéma polonais en France. Ça a été mal compris et, du coup, mal perçu. Quand il avait devant sa caméra des acteurs qui comprenaient parfaitement cette demande, cette fièvre, cette transe qu’il cherchait à atteindre, ça donnait des résultats absolument fantastiques. »

Une histoire orale d’Andrzej Zulawski, François Cau et Matthieu Rostac, Nitrate éditions, 272 pages, 20 €

visuel : couverture du livre

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Julien Coquet

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