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Cendres et Diamant, le chef-d’oeuvre de Wajda repris en version restaurée

Cendres et Diamant, le chef-d’oeuvre de Wajda repris en version restaurée

19 juillet 2019 | PAR Lise LEFEVRE

Cendres et Diamant, le film âpre et baroque d’Andrzej Wajda, tire le portrait d’une Pologne déchirée au lendemain de la Seconde Guerre mondiale. Cette oeuvre vibrante qui fut encensée par Scorsese est aujourd’hui présentée dans sa version restaurée.

« C’est qui, ce type ? », demande le plus jeune des deux tueurs, allongé dans l’herbe. Ce type, c’est le secrétaire général du Parti communiste, leur cible. Ils vont la rater, et tuer deux ouvriers de la cimenterie locale à la place. L’ouverture de Cendres et Diamant est sèche, puissante, en plans rapprochés qui exposent d’emblée la violence ; quand le cadre s’élargit, on distingue mieux, au fond, la chapelle qui fut le lieu d’une des morts.
Ce va-et-vient entre information brute et images baroques touchant parfois au mysticisme, Andrzej Wajda le maintient tout au long de ce film devenu un classique. Réalisé en 1958, soit moins de vingt ans après les faits qu’il évoque, il s’en dégage le portrait saisissant d’une Pologne en plein déchirement. L’espace d’une nuit—celle du 8 mai 1945, date de la capitulation de l’Allemagne nazie—nous suivons Maciek, le plus jeune des deux opposants, sa traque de la cible manquée, sa rencontre et ses amours avec la jeune serveuse Krystyna.
Entre l’occupant nazi qui vient tout juste de partir et l’Union soviétique qui pose déjà ses pions, que reste-t-il de la Pologne ? Où la jeunesse peut-elle bien aller, à moins d’errer dans les rues, sous la pluie, puis dans une crypte, comme le font Maciek et Krystyna ? A moins de prendre les armes à 17 ans, comme ce fils dont le secrétaire du Parti a perdu la trace, et qui est fait prisonnier par les hommes au service de son père…

La réponse semble briller dans le diamant du titre, que Maciek, citant un poème ancien, compare à sa belle ; comme ce cheval blanc surgi on ne sait d’où, au milieu d’une ruelle obscure. Mais tout n’est pas si simple. L’amour, révélation pour le jeune homme, devient vite un objet de dilemme. L’amour ou la Cause ? Tuer ou rester ? Aimer ou partir ?
Le film est aussi hanté par la mort, les morts de la guerre, de l’insurrection de 1944 contre le régime soviétique… Une séquence saisissante convoque ce passé toujours cuisant ; Maciek et son frère d’armes enflamment des petits verres de vodka ; chaque flamme brûle pour un compagnon de lutte qui a disparu… Ou ce Christ couronné d’épines, qui se balance la tête à l’envers au milieu du cadre, coupant le champ en deux.
De même que Maciek, tiraillé par son dilemme, la Pologne divisée entre nationalistes et communistes est meurtrie, tragique ; mais Wajda n’en oublie pas la farce politique qui se joue au banquet des dignitaires du parti où, à mesure que s’éclusent les bouteilles de vodka, on réécrit l’histoire —envers du banquet, les toilettes de l’hôtel sont tout aussi stratégiques ; « Est-ce qu’on a commencé à dégueuler ? », demande le directeur de l’hôtel à l’inénarrable dame pipi. « Non, mais ça ne va pas tarder », réplique-t-elle, avant d’ajouter qu’elle espère faire une grosse recette cette nuit…
Cette gueule de bois qui menace son pays, Wajda sait la parer d’une aura théâtrale, et presque fellinienne, quand à la fin de la soirée, des couples de la haute société tournent comme des pantins sur fond de « Polonaise héroïque » de Chopin massacrée par l’orchestre local. En parallèle, l’agonie et la mort à bout portant ; comme si la guerre, en cette nuit de victoire, n’était jamais finie.

Cendres et Diamant, réalisation Andrzej Wajda. 1958.
Durée : 1h50
Avec : Zbigniew Cybulski, Adam Pawlikowski, Ewa Krzyzewska.

En ce moment à la Filmothèque du quartier latin.

© Visuel : Affiche film.

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Lise LEFEVRE

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