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Osiris et le delta du Nil englouti, le livre de l’exposition

Osiris et le delta du Nil englouti, le livre de l’exposition

10 septembre 2015 | PAR Franck Jacquet

L’exposition Osiris, mystères engloutis d’Egypte à l’Institut du Monde arabe s’annonce comme un succès pour l’organisme n’en avait connu depuis un certain temps (voir notre critique). L’ouvrage issu de l’exposition, dirigé par Franck Goddio et David Fabre, reflète parfaitement celle-ci : il reprend le parcours et l’approfondit tout en restant richement illustré. Surtout, il conserve le ton pédagogique recherché par les concepteurs de l’événement. Quand on connaît la passion des enfants pour l’Egypte et ses mystères, le livre ne peut qu’être apprécié.

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Visuel 1 - Osiris livre

Osiris, Dieu tutélaire d’Egypte
Le propos de l’ouvrage est essentiellement centré, comme l’exposition, sur le mythe d’Osiris et ses reformulations au fur et à mesure que les siècles passent, du moins entre le VIIIe siècle avant Jésus-Christ et la christianisation de la région vers les IIIe – IVe siècles essentiellement. Parmi les nombreux dieux égyptiens (on connaît bien Aton – Amon…), la triade Osiris – Isis sa sœur et femme – Horus son esprit fils est la plus connue. Elle a été particulièrement reprise par les derniers conquérants et dirigeants de l’Egypte impériale : les Perses un peu, les dernières dynasties locales surtout mais aussi les Lagides, dynastie grecque et les Romains. Ptolémée III s’identifie à la triade à travers sa fille Bérénice qu’il fait diviniser à sa mort en l’associant à Osiris, Dieu de la formation et de la germination et de la re-germination du monde chaque année. Plus tard Hadrien fera de même au IInd siècle après Jésus-Christ avec Antnoüs son favori, divinisé dans des termes similaires. Osiris est donc un Dieu essentiel de l’Egypte et c’est sans doute pour cette raison, mais aussi parce qu’il se rapproche des mythes gréco-romains (Dionysos, Hercule…) qu’il est tant repris et réapproprié.
L’ouvrage montre cette importance au fil des chapitres : les rites qui sont organisés autour de son personnage, les croyances de formation et de reformation du monde nourricier et le calendrier des semailles ou des fêtes sont autant de marqueurs pour l’ensemble de la civilisation égyptienne au fil du temps. Les fouilles ont ainsi permis de rentrer dans le détail de ce culte mystérieux pour le tout-venant égyptien qui ne pouvait avoir accès à une partie des rites à propos desquels seuls quelques prêtres et parfois le pharaon étaient initiés. On apprend donc sur les processions, des cultes et des phrases métaphoriques prononcées pendant des jours et des jours pour s’attirer les bienfaits du Dieu – fleuve.
Notons que pour chaque chapitre, des encarts sont ménagés pour décrire et analyser la portée d’une source, et ce dans un ton aussi clair que précis. Pour un beau livre d’exposition, cela est précieux, surtout pour un prix très abordable (25 euros, c’est à saluer). L’exemple de la statue de la déesse Thouéris est à retenir. Cette déesse est un hippopotame dressé sur ses pattes. Elle est associée au limon fertile du fleuve, et donc au limon d’Osiris ; elle est aussi protectrice car elle engendre même si elle peut être violente, comme le fleuve par ses crues. Elle est surtout celle qui a retenu Seth, le frère malfaisant d’Osiris lorsque celui-ci est revenu pour se venger et remettre de l’ordre en son « troupeau d’hommes ». La déesse, très utilisée à la fin de la période antique, reflète l’ensemble des « terminaisons nerveuses » du mythe osirien et sa formidable capacité à irriguer l’ensemble des croyances populaires puisque celle-ci se retrouve jusque dans les constellations égyptiennes.

 Pour voir la bande annonce de l’exposition 

Vue générale des fouilles
L’exposition ne pourrait faire le tour de cette embouchure du delta qui s’effondra sous la mer au VIIIe siècle et qui fait l’objet des fouilles de l’IEASM (Institut européen d’archéologie sous-marine). Les moyens à mobiliser seraient bien trop importants étant donné le nombre des découvertes et surtout elle sombrerait dans une exhaustivité ennuyeuse. Le livre est un format qui se prête à ce parcours plus général. Tout en conservant l’accent sur le personnage mythologique et sur Alexandrie ou Canope, il n’oublie pas de mentionner d’autres localités importantes, comme Eleusis (le nom grec montre l’influence hellénistique) et Héracleion. A travers les chapitres, c’est aussi un peu l’histoire de cette embouchure si importante pour le commerce antique qui est retracé. Aussi on voit combien cette portée d’entrée était animée par les métissages entre commerçants et conquérants qui finissent par mélanger leurs Dieux comme le souhaitait Alexandre puis Marc-Antoine. Les reconstitutions permettent de visualiser ce qu’était cet ensemble et ce à différentes échelles (celle d’un temple, d’un site, du delta tout entier).
Ensuite, c’est une histoire d’une vingtaine d’années qui apparaît, celle des fouilles archéologiques initiées par Franck Goddio et qui se poursuivent aujourd’hui encore, la richesse des sites n’ayant pas encore livré l’ensemble de ses trésors. Les photographies des fouilles sous-marines laissent d’ailleurs rêveur… On regrette un peu que les mentions bibliographiques ne soient pas ici plus précises, car il faut le rappeler, cette aventure archéologique de deux décennies a permis de préciser considérablement une part des connaissances historiques sur l’Egypte de la fin de l’Antiquité et du début de la christianisation.

Références : Franck Goddio, David Fabre (et alii), Osiris, Mystères engloutis d’Egypte. Paris, Flammarion,  août 2015 : 249 p. [9782081366640 – 25 euros]

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Franck Jacquet
Diplômé de Sciences Po et de l'ESCP - Enseigne en classes préparatoires publiques et privées et en école de commerce - Chercheur en théorie politique et en histoire, esthétique, notamment sur les nationalismes - Publie dans des revues scientifiques ou grand public (On the Field...), rédactions en ligne (Le nouveau cénacle...) - Se demande ce qu'il y après la Recherche (du temps perdu...)

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