Beaux-Livres

Claudine Humblet éclaire le post-modernisme de Bruce Nauman chez Skira

02 octobre 2012 | PAR Yaël Hirsch

Après avoir publié sur le Bauhaus, « La Nouvelle Abstraction Américaine » ou encore « L’Art Minimal », l’historienne d’art Claudine Humbert éclaire l’œuvre exigeante et diffiicile à saisir du Bruce Nauman. Un très beau livre qui permet de comprendre l’évolution de l’œuvre ainsi de Nauman des années 1960 à nos jours ainsi que la place de ce dernier dans le panorama du postmodernisme américain.

De Bruce Nauman, artiste américain de formation mathématicien et sculpteur, on connaît surtout le travail du néon. Mais cette matière n’est qu’une pièce de l’éventail des installations proposées par cet artiste fascinant pour interroger nos manières de communiquer. En effet, très influencé par Wittgenstein, Nauman a tendance à commencer à faire parler l’art quand le langage a atteint ses limites. Jeux de mots et empreintes de langue sont courants dans son art. Dans les années 1960, il commence par travailler le verre et le latex, et s’inscrit dans la filiation de Marcel Duchamp, notamment dans sa performance de 1966 « Self-Portrait as a Fountain », où il crache de l’eau par la bouche. L’œuvre de cette époque fige dans des matières innovantes certaines parties du corps  de l’artiste.Il renouera avec cette réflexion sur le morcellement à travers les têtes en cire de la fin des années 1980.

En 1968, il expose à la prestigieuse galerie Leo Castelli, à New-York. Il prend alors le virage « post-minimal » avec des installations beaucoup plus géométriques et beaucoup moins sensuelles. En 1969, il donne sa première « Performance Corridor » au musée Guggenheim, il adjoint vite des néons à cette expérience quasi-existentielle du rétrécissement de l’espace. Usant de mots aux significations mystérieuses, il étale également des lettres de lumière colorées sur de grands mur blancs muséaux. dans les années 1970, les installations de Nauman développent l’impasse des corridors d’imposantes sculptures qui découpent l’espace de manière  de plus en plus symbolique. C’est notamment le cas des « Cercles » multicolores en fibre de verre de la fin des années 1970.

A toutes ces matières adoptées et expérimentées par le sculpteur, il faut ajouter l’horizon du vidéaste : tout au long de sa carrière, Bruce Nauman a également travaillé cette matière là en se renouvelant à chaque fois.

Traversée des matières modelées par Bruce Nauman, en 190 planches et une dizaines de petits essais à la fois précis et abordables par tous, le livre de Claudine Humblet éclaire un artiste pluriel. Elle permet également de voir, sous le sérieux d’une recherche incessante, la place de l’expérimentation, de l’humour et du jeu dans l’œuvre de Bruce Nauman.

Claudine Humblet, « Bruce Nauman ou la relation de l’Art à la Condition humaine : un autre aspect de l’art post-moderniste », Skira, 208 p., 190 planches, 24 x 28 cm, 59 euros.

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Yaël Hirsch
Co-responsable de la rédaction, Yaël est journaliste (carte de presse n° 116976), docteure en sciences-politiques, chargée de cours à Sciences-Po Paris dont elle est diplômée et titulaire d’un DEA en littérature comparée à la Sorbonne. Elle écrit dans toutes les rubriques, avec un fort accent sur les livres et les expositions. Contact : [email protected]

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