BD
« Les petites distances », lui, elle et tous les autres

« Les petites distances », lui, elle et tous les autres

13 juin 2018 | PAR Laetitia Larralde

Véro Cazot et Camille Benyamina nous livrent une bande dessinée qui explore les relations humaines contemporaines.

Après avoir surpris sa compagne au lit avec un autre, de chambre d’hôtel en colocation, Max finit par s’installer chez Léonie. Mais Léonie, pleine de phobies, n’est pas au courant de cette cohabitation, car Max est invisible. Personne ne le voit ni ne l’entend, il a petit à petit disparu de notre dimension pour arriver dans une autre superposée à la nôtre. Il existe quelques points de friction entre les univers qui permettent à Max de faire ressentir légèrement sa présence, mais tout le monde, ses parents inclus, semble l’avoir littéralement oublié, effacé de leurs mémoires. Léonie est la seule qui ait l’air capable de ressentir sa présence, son influence, et de fait devient son lien avec notre monde.
Les petites distances file la métaphore de l’invisibilité de Max pour aborder le sujet des relations sociales et humaines et de l’individualisme qui nous fait oublier les gens qui nous entourent. Tellement de personnes vivent leur vies en parallèle de la nôtre sans que nous nous rendions compte de leur présence que le sentiment de solitude peut s’ancrer très profondément. L’anonymat, le manque d’échanges et de contacts peut être si total qu’on en vienne à douter de notre existence même. Si Max profite un moment de son invisibilité pour se libérer des normes et obligations sociales, le besoin de contact humain et de reconnaissance se fait violemment ressentir, jusqu’à frôler la mort quand Léonie part avec son nouveau petit ami. Ses vaines tentatives pour se faire remarquer sont d’autant plus désespérées que la reconnaissance des autres, savoir contourner leur indifférence, semble valider son existence.

Les autrices nous proposent une comédie romantique teintée de fantastique. Si le thème principal de la solitude et les thèmes secondaires comme le poids du regard des autres, la place de la sexualité dans nos vies (surtout abordé du point de vu féminin) ou encore les relations qu’on subit pour ne pas être seul sont des thèmes intéressants et abordés avec sensibilité, on reste cependant avec l’impression de rester en surface du sujet. Le sexe est souvent abordé, de façon plutôt délicate, pour souligner l’idée que trop souvent il est devenu un acte moins intime que celui de se laver, mais c’est souvent au détour d’une autre anecdote qu’il se glisse, comme si l’idée n’était pas complètement assumée et très secondaire. On aurait aimé qu’au lieu de se disperser un peu en abordant trop de sujets, le propos se resserre autour d’une thématique et creuse plus en profondeur. La portée et l’analyse sociologique auraient ainsi pu être plus importantes.
Côté dessin, Camille Benyamina développe un univers graphique avec un dessin type crayonné associé à des couleurs pastel qui donne une ambiance un peu éthérée correspondant au côté comédie romantique. On peut cependant regretter un traitement informatique de l’image un peu trop présent par moments. Certains noirs au crayon semblent receler une force qu’on aurait aimé retrouver un peu plus régulièrement dans l’album.

Les petites distances est une comédie romantique sympathique, mais qui risque malheureusement, comme son personnage, de perdre ses couleurs face aux albums à plus fort caractère.

Les petites distances
Camille Benyamina et  Véro Cazot
Casterman

visuels  © Casterman

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Laetitia Larralde
Architecte d'intérieur de formation, auteure de bande dessinée (Tambour battant, le Cri du Magouillat...)et fan absolue du Japon. Certains disent qu'un jour, je resterai là-bas... J'écris sur la bande dessinée, les expositions, et tout ce qui a trait au Japon. www.instagram.com/laetitiaillustration/

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