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Petite balade, Grande Muraille et belle lecture

Petite balade, Grande Muraille et belle lecture

05 janvier 2018 | PAR Laetitia Larralde

Quand une jeune femme décide de partir au bout du monde et se découvre plus proche du chat de maison que de l’aventurière, cela donne une bande dessinée drôle et attachante.

Après ses études de graphisme, Maïté Verjux décide de mettre de la distance entre son quotidien parisien dépressif et elle. Et de préférence une distance suffisamment grande pour ne pas être tentée de céder à la panique et avorter son projet. Elle choisit donc la Chine et s’envole pour trois mois à Pékin avec pour ambition de mettre à l’épreuve la communication par le dessin dans un pays dont elle ne connait ni la langue, ni rien d’autre que quelques clichés. En résumé, un grand saut dans le vide. Accueillie par un ami dessinateur à l’aéroport, elle s’installe dans une colocation surpeuplée qu’elle ne quittera pas les premiers jours, prise de panique (comme prévu). Puis petit à petit elle part à la découverte de Pékin, mégapole ultra polluée aux températures glaciales. Le premier mois se passe dans une promenade un peu timide, surtout marquée par les gens qu’elle rencontre, la découverte des habitudes locales et une sensation de décalage persistante. On assiste à son processus d’adaptation à son environnement et à l’élargissement progressif de sa vision et de son champ d’action. Une amie française la rejoint ensuite dans son voyage et la dynamique change. Alors que Maïté Verjux a semblé privilégier l’apprentissage de la vie quotidienne à Pékin le premier mois, l’arrivée de son amie ouvre une période d’exploration plus touristique, entre Pékin, Shanghai, la Grande Muraille et les Montagnes Jaunes.

Petite balade et Grande Muraille n’est pas un récit détaillé et exhaustif de trois mois en Chine, c’est un recueil de morceaux choisis. Tout en suivant la chronologie du voyage, l’auteure développe certaines anecdotes comme celle de l’arnaque du salon de thé, ou la visite manquée du Temple des Lamas à cause de l’exploration trop approfondie des boutiques de souvenirs. Le regard de l’auteure sur ses déconvenues, mésaventures et déceptions reste indulgent et sans jamais être dans le jugement, sur elle ou sur les autres. On sent son acceptation de son statut d’étrangère et l’humilité que cela entraîne. Elle essaye de suivre les coutumes locales sans tout autant éviter quelques gaffes culturelles. Les anecdotes sont entrecoupées de planches de détails sur divers sujets comme la nourriture, les toilettes, les marchés ou encore la pollution. Le rapport au gens est souvent évoqué, toujours avec un certain recul, saupoudré d’une touche d’ironie. On se rend compte du fossé qui nous sépare des Chinois, qui regardent et photographient les deux Françaises comme si elles étaient des attractions touristiques, entre curiosité et rejet. La barrière de la langue provoque un isolement totalement en contradiction avec le sentiment d’oppression constant d’une foule brusque et sans-gêne, que les tentatives de communication par le dessin ne parviennent pas à éliminer. Le sujet de l’opposition entre authentique et artificiel est traité à plusieurs reprises, mettant en lumière une conception de la préservation du patrimoine culturel ou naturel diamétralement opposée à la nôtre et provoquant une frustration chez les deux protagonistes de trouver des sites authentiques préservés répondant à leurs fantasmes.

Dans un contexte aussi déstabilisant, remettant quotidiennement en cause ses acquis culturels français, Maïté Verjux retrouve son ancrage dans le dessin. Certains de ses croquis faits sur place émaillent le récit, lui-même réalisé au trait noir et à l’aquarelle bleue et rose, tout en délicatesse. Le ton n’est pas celui d’un touriste qui veut nous éduquer sur le pays visité, comme si deux semaines passées dans un endroit en donnaient la compréhension totale. L’auteure montre des fragments de son voyage, de son expérience personnelle, sans essayer d’en tirer des généralités. Elle expose avec tendresse le quotidien et les expériences plus rares, les galères sans pour autant se plaindre, donnant ainsi une vision certes subjective de la Chine, mais une vision honnête et sensible.

Ces trois mois passés en Chine, comme une parenthèse hors de la réalité, ont donné naissance à une belle bande dessinée, entre carnet de voyage, roman graphique et autobiographie, qui donne envie d’aller se perdre au bout du monde.

Petite balade et grande muraille – Maïté Verjux
Sortie le 26 janvier 2018 – Editions Fei

Visuels © Editions Fei

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Laetitia Larralde
Architecte d'intérieur de formation, auteure de bande dessinée (Tambour battant, le Cri du Magouillat...)et fan absolue du Japon. Certains disent qu'un jour, je resterai là-bas... J'écris sur la bande dessinée, les expositions, et tout ce qui a trait au Japon. www.instagram.com/laetitiaillustration/

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