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Le ministre et la Joconde, André Malraux et Mona Lisa sont sur un bateau…

Le ministre et la Joconde, André Malraux et Mona Lisa sont sur un bateau…

20 septembre 2022 | PAR Laetitia Larralde

Avec Le ministre et la Joconde, Bourhis, Bourgeron, Tanquerelle et Merlet nous entraînent dans une course poursuite en huis-clos à la suite de trois monuments français : la Joconde, André Malraux et le France.

Le 9 janvier 1963, le ministre d’Etat chargé des Affaires culturelles André Malraux inaugure le prêt historique de la France aux Etats-Unis d’un tableau exceptionnel : la Joconde. Il prononce son discours à la National Gallery de Washington devant le Président Kennedy et sa femme Jackie et consacre ainsi un acte osé de diplomatie culturelle. En effet, déplacer un trésor aussi fragile n’a pas manqué de rencontrer de nombreuses oppositions. Mais Malraux se porte garant de la sécurité de la Joconde durant les cinq jours que dureront son transport entre Le Havre et New York.

Ce sont sur ces cinq jours que les auteurs du Ministre et la Joconde vont se concentrer. Mêlant intimement faits historiques et comédie, ils mettent en place un véritable vaudeville où Malraux navigue entre les femmes, de chair ou de peinture. Nous sommes sur le paquebot le France, autre monument français, qui va être le cadre luxueux du drame : la disparition de Mona Lisa. Qui a donc bien pu dérober le tableau surveillé de si près ? De ce mystère de la chambre close vont découler péripéties et rebondissements à un rythme effréné, celui d’un ministre sous amphétamines.

Le personnage d’André Malraux est le pivot central de cette comédie qui rappelle à la fois Tintin et les films français des années 1960. Toujours dans les extrêmes, tordant la vérité du côté qui l’arrange, dragueur, jaloux, emphatique et semblant écrire au fur et à mesure son propre mythe, le personnage est fascinant et très divertissant. Autour de lui se croisent de nombreuses personnalités : Barbara, Herbert Von Karajan ou encore le général de Gaulle, tissant en toile de fond un portrait politique et culturel de cette époque.

Le ministre et la Joconde est une œuvre à quatre mains : Hervé Bourhis et Franck Bourgeron au scénario, Hervé Tanquerelle au dessin et Isabelle Merlet à la couleur. Porté par une ligne claire et expressive dont la filiation avec Hergé est soulignée par le clin d’œil du petit garçon lisant Les Bijoux de la Castafiore, le récit nous tient en haleine du début à la fin. Tout à tour pathétique, grandiose, opiomane et homme d’état, André Malraux est un personnage fort et nuancé. Soutenu dans un parfait équilibre par des personnages secondaires venant souligner chacune de ses facettes, il éclipse la Joconde. Alternant sérieux et futile, l’album trace imperturbablement son chemin comme le France affronte les vagues de l’Atlantique.

Il fallait bien quatre personnes pour réussir à saisir des personnages tels qu’André Malraux et Mona Lisa dans cette aventure ébouriffante qui nous laisse désorientés mais heureux à force de retournements. Un album divertissant qui donne envie d’en savoir plus sur ses protagonistes.

Le ministre et la Joconde, de Hervé Bourhis, Franck Bourgeron, Hervé Tanquerelle et Isabelle Merlet
88 pages, 20€ – Casterman

Visuel : couverture de l’album ©Casterman

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Laetitia Larralde
Architecte d'intérieur de formation, auteure de bande dessinée (Tambour battant, le Cri du Magouillat...)et fan absolue du Japon. Certains disent qu'un jour, je resterai là-bas... J'écris sur la bande dessinée, les expositions, et tout ce qui a trait au Japon. www.instagram.com/laetitiaillustration/

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