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La saga de Grimr, une épopée islandaise

La saga de Grimr, une épopée islandaise

10 septembre 2017 | PAR Laetitia Larralde

Après avoir exploré le monde du tennis avec Max Winson et les à-côtés des guerres napoléoniennes dans Le Singe de Hartlepool, Jérémie Moreau nous emmène cette fois-ci dans l’Islande du 18ème siècle.

Alors que le pays se débat dans une misère noire où les catastrophes naturelles et le joug du Danemark l’ont plongé, Grimr, jeune garçon à la force herculéenne, perd toute sa famille et ses terres dans une éruption volcanique. Dans un pays où la généalogie est l’un des piliers de la société, il n’est plus désormais le fils de personne. Commence alors une quête obstinée pour se créer un nom et une réputation dont on se souviendra après sa mort. Bien qu’à chaque bonheur succède invariablement un malheur, la volonté de Grimr ne faiblira jamais, jusqu’à entrer dans la légende.

L’auteur nous propose ici une saga islandaise contemporaine. Tradition datant du Moyen-Age, la saga est une épopée gigantesque mettant en scène des dizaines de personnages et autant d’intrigues, de meurtres, conflits, et histoires d’amour, sur plusieurs générations. Mais la saga a aussi pour rôle de transmettre une morale et des valeurs dans un pays en plein chaos. La Saga de Grimr reprend tous ces codes, dans des proportions plus modestes, tout en confrontant son héros aux rigidités de la société islandaise, comme la nécessité d’avoir une lignée, ou l’inflexibilité de la loi.
Alors qu’une saga a généralement un héros «lumineux» et un héros «sombre», Jérémie Moreau a fait le choix de ne garder que le côté sombre, qui est souvent le plus intéressant. Grimr est malchanceux, physiquement effrayant, compliqué et en marge de la société, l’archétype du héros «sombre». L’histoire lui oppose une accumulation de revers, meurtres, intrigues et superstitions, mais il poursuit malgré tout sur le chemin qu’il se trace à la force de ses mains, déplaçant des montagnes. Rien, à part les paysages islandais sublimes, ne vient contrebalancer l’ombre qui imprègne tous les personnages. Petit à petit, on voit Grimr perdre son humanité jusqu’à ne faire plus qu’un avec l’Islande, «un monstre qui a le feu au ventre», et n’être plus que ce grondement sourd qu’est son prénom. Il quitte la petitesse de l’humanité pour embrasser un destin supérieur lié à la terre d’Islande.
Le personnage du scalde (le poète, éminemment respecté dans la société islandaise), élément final indispensable qui permet la transmission de l’histoire mais qui reste en retrait des autres, offre un beau point de vue sur le rôle de l’auteur en tant que gardien et passeur de la mémoire des hommes.

Le dessin de Jérémie Moreau rend hommage aux paysages islandais. La nature est grandiose, omniprésente et extrême, tant dans sa beauté que dans son pouvoir de destruction. Les personnages ne sont plus que des petits êtres insignifiants face à la grandeur qui les entoure et les ensevelit. Aucun n’est beau, mais cela rend le contraste entre hommes et nature encore plus saisissant. La nature est une puissance aveugle qui au final peut mettre fin à toutes les sagas.

Suivez Grimr pour une aventure qui vous mènera dans les entrailles de l’Islande.

La saga de Grimr de Jérémie Moreau
232 pages, parution le 13 septembre
Visuels © Editions Delcourt

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Laetitia Larralde
Architecte d'intérieur de formation, auteure de bande dessinée (Tambour battant, le Cri du Magouillat...)et fan absolue du Japon. Certains disent qu'un jour, je resterai là-bas... J'écris sur la bande dessinée, les expositions, et tout ce qui a trait au Japon. www.instagram.com/laetitiaillustration/

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