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Corto Maltese, une nouvelle aventure mélancolique

Corto Maltese, une nouvelle aventure mélancolique

12 décembre 2017 | PAR Laetitia Larralde

En 2015 est sorti Sous le soleil de minuit, l’album marquant le retour de Corto Maltese, vingt ans après la mort d’Hugo Pratt, sous la plume de Juan Díaz Canales et Rubén Pellejero. Cette année, pour l’anniversaire des cinquante ans de la première apparition de Corto Maltese est paru le deuxième album de Canales et Pellejero, Equatoria.

L’histoire s’ouvre en 1911 sur la poursuite dans Venise d’une girafe par les carabiniers. Corto est à la recherche du miroir du prêtre Jean, ancien khan converti au catholicisme, une relique à laquelle on prête des pouvoirs magiques. Sa quête l’amènera à Alexandrie, Zanzibar et jusqu’aux tréfonds de la jungle africaine. Son expédition se fait aux côtés de trois femmes fortes et indépendantes, chacune ayant sa propre histoire à écrire.
Mais la quête de la relique en soi passe au second plan, le but du voyage semblant au final n’être que le voyage lui-même. Le miroir change de forme et perd à la fois son mystère et son intérêt pour le marin, l’important étant ce mouvement saccadé qui fait avancer au travers de la vie. Corto croise la route de nombreux personnages, imaginaires ou réels comme Churchill ou Henry de Monfreid, assiste ou participe à bien des évènements, mais tous et tout disparaissent dans son sillage. Corto se laisse guider par le fil des évènements. On retrouve dans ce genre de narration, où tout ce qui est présenté au lecteur n’a pas nécessairement une importance dans le déroulement de l’intrigue, un sentiment un peu déstabilisant de liberté et d’arbitraire qui se rapproche de la vie réelle au sens que tout ce qui arrive ne se justifie pas forcément ou n’aura pas obligatoirement de conséquence. Corto voudrait que les mythes soient vrais, que le miroir magique existe réellement afin de teinter son errance de surnaturel et prouver que ce monde ci n’est pas suffisant.
Le rythme de l’histoire est entrecoupé de nombreuses pauses, d’instants suspendus pendant les déplacements, majoritairement en bateau, ce qui installe un climat un peu rêveur, à la limite de la mélancolie.
Le dessin de Pellejero reste fidèle à celui de Pratt. On retrouve les pleins et les déliés, les ombres très marquées, mais avec une mise en couleur qui s’harmonise mieux au trait que dans les albums originaux. L’histoire est plus condensée que les romans graphiques de Pratt qui nous emmenaient loin dans un tourbillon d’aventures et de poésie, mais elle parvient à nous faire voyager aux côtés de Corto, un peu comme si lui et nous étions spectateurs de ses errances.

Corto Maltese – Equatoria – de Juan Díaz Canales et Rubén Pellejero
Editions Casterman

Visuels © Casterman

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Laetitia Larralde
Architecte d'intérieur de formation, auteure de bande dessinée (Tambour battant, le Cri du Magouillat...)et fan absolue du Japon. Certains disent qu'un jour, je resterai là-bas... J'écris sur la bande dessinée, les expositions, et tout ce qui a trait au Japon. www.instagram.com/laetitiaillustration/

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