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BD : Logicomix ou la quête des fondements mathématiques

BD : Logicomix ou la quête des fondements mathématiques

28 décembre 2010 | PAR Sonia Dechamps

Le pari de cette bande dessinée était ambitieux : retracer – sur fond de mathématiques et de philosophie – la quête de la vérité scientifique absolue, de la fin du XIXème siècle à la seconde Guerre Mondiale, et la rendre accessible au plus grand nombre. Après la lecture des plus de 300 pages qui composent « Logicomix », le constat est le suivant : pari tenu.

C’est à travers le récit fait par Bertrand Russel de ce qu’a été sa vie que les auteurs content cette aventure mathématique et humaine. Bertrand Russel qui a notamment ébranlé les fondements de la logique avec la mise à mal de la théorie des ensembles de Cantor par le « paradoxe du barbier », paradoxe découvert en 1901, alors qu’il travaillait sur son premier livre sur les fondements des mathématiques. Le voici : « Imaginez une ville où le rasage est strictement réglementé. Chaque homme adulte est tenu de se raser tous les jours. Mais on n’est pas obligé de le faire soi-même… Pour ceux qui le veulent, il y a un barbier. En fait, la loi se précise : « Ceux qui ne se rasent pas eux-mêmes sont rasés par le barbier ». Là émerge le paradoxe : « Qui rase le barbier ? De toute évidence, il ne peut pas se raser lui-même, car alors, étant barbier, ça voudrait dire qu’il est rasé par l’homme qui ne rase que ceux qui ne se rasent pas eux-mêmes ! Or, il ne peut pas aller « chez le barbier », car cela voudrait dire qu’il se rasera lui-même, ce qu’il n’est pas censé faire »…

Le lecteur lit « Bertie » – devenu vieil homme – raconter sa vie, faire part de ses rencontres (Frege, Hilbert, Poincaré, Wittgenstein, Gödel…), réflexions, déceptions, découvertes… Mais ces paroles se trouvent entrecoupées de courts intermèdes où les auteurs se mettent en scène, réfléchissant à la meilleure façon de poursuivre le récit. Il y a ainsi une mise en abîme dans « Logicomix » qui, si elle peut ne pas sembler indispensable, permet en réalité au lecteur de reprendre son souffle entre deux souvenirs du philosophe mathématicien, qui lui permet d’assimiler ce dont il vient de prendre connaissance.

Esprit scientifique ou non, le lecteur est embarqué dans les méandres de la logique ; la force de « Logicomix » est bien de s’adresser à tous, de faire d’une histoire on ne peut plus complexe, une aventure accessible, de vulgariser sans être simpliste… Une histoire qui ne parvient cependant pas toujours à éviter un certain didactisme. « Bien que les personnages soient pour la plupart réels, « Logicomix » n’est pas, et ne prétend pas être, un livre d’histoire. Il est, et veut être, un roman graphique » précisent les auteurs en fin d’ouvrage. Ainsi, ces derniers ont-ils pris quelques libertés… mais qu’importe ! Si le lecteur apprend certaines choses dans « Logicomix », il n’en tire pas de réelles connaissances. Ce roman graphique est davantage une jolie introduction à l’univers des mathématiques, un appel à chercher à en savoir plus, à s’ouvrir aux fondements des mathématiques. Ce que le lecteur peut d’ailleurs faire dès la fin de la « fiction » grâce au carnet de notes proposé en toute fin d’ouvrage.

Si les auteurs s’intéressent aux théorèmes, ils s’intéressent aussi – et peut-être surtout – aux hommes derrière ceux-ci, à leurs passions. Cependant, ne choisissant pas réellement où se positionner, « Logicomix » survole des thématiques que le lecteur aurait aimé voir plus développées, comme la folie chez bon nombre de scientifiques…

Les images, elles, sont assez lisses et si la première réaction est de regretter ce manque de personnalité, la simplicité du trait apparaît finalement comme une qualité, une façon de contrebalancer un contenu très dense.

Réussir à tenir en haleine le lecteur avec une intrigue a priori – et a priori seulement – très peu grand public, c’est la réussite de « Logicomix ». Qui aurait cru la quête des fondements mathématiques pouvoir devenir une aventure dessinée si passionnante ?

«Logicomix » de Apostolos Doxiadis, Christos Papadimitriou, Alecos Papadatos et Annie Di Donna chez Vuibert – sorti le 17 mai 2010 – 22,50 euros

En sélection officielle / Angoulême 2011

Le site du livre : www.logicomix.com/fr

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Sonia Dechamps

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