Livres

Apocalypse poétique à la Nouvelle-Orléans

07 juillet 2010 | PAR Yaël Hirsch

Laurent Gaudé, prix Goncourt 2004 pour « Le Soleil des Scorta » (Actes Sud) imagine avec « Ouragan » un chassé croisé de personnages tranchés lors d’une terrible tempête à la Nouvelle Orléans. Un livre plein, et qui offre un condensé d’images, de sentiments troubles et d’aspirations rendues encore plus intense par la catastrophe. Une danse grimaçante au bord de l’apocalypse chez votre libraire dès le 18 août 2010.

En Louisiane, à l’été 2005, l’Ouragan approche. La vieille et solide Josephine Linc. Steelson se considère comme une négresse sortie vainqueur du civil right mouvement et son tempérament lui interdit de se laisser déplacer comme du bétail et de quitter sa terre. Rose Peckerbye se laisse faire et perd son procès contre le père de son enfant, juste avant que la tempête n’éclate. Dans la chambre d’un motel, son ancien amour Keanu Burns allait se laisser mourir après avoir quitté l’enfer d’une plateforme pétrolière quand il voit l’issue du procès de Rose à la télé. Dans les rues toujours plus sauvages de la Nouvelles Orléans, un homme d’église croit entendre la voix de Dieu lui demander un sacrifice humain. Alors que tous les habitants de la ville sont sommés de sortir de chez eux et de se rendre dans le grand stadium pour être évacués, tous ces marginaux vont se croiser dans la ville désertée…

Puissant, sombre et plein de tanin, le roman de Laurent Gaudé se lit comme une prière mortuaire. Le monde d’avant l’ouragan a déjà pris fin, et les personnages, négocient encore le bout de leur souffle en concentrant l’ensemble de leur être et de leur références au jour du jugement dernier. Chacun le fait à sa manière : Joséphine, avec une volonté dure et obstinée, Rose, avec le charme de son évanescence de femme perdue, et Keanu redevient soudain un homme, au sens le plus entier du terme. Fort, d’une écriture puissante et riche de vie bruissante malgré le dénuement et l’imminence de la fin, « Ouragan » est certainement un des très grands romans de cette rentrée littéraire.

Laurent Gaudé, « Ouragan », Actes Sud, 189p., 18 euros. Sortie le 18 août 2010.

« Comment est-ce possible? la ville est inondée mais cela ne leur suffit plus. Ils veulent tout. Ils s’emparent des rues sèches maintenant, ils sont partout chez eux. Cela les oblige à ramper avec maladresse mais ils le font, c’est leur règne qui vient. J’ai peur. Je me tais. Je serre les poings. Je prie pour que personne ne s’aperçoive de ma pâleur. A cet instant, je voudrais fuir ou me mettre à genoux et pleurer. Je suis paralysé. Je serre les mâchoires pour que les autres ne voient rien mais les alligators continuent d’avancer et je ne sais pas si je vais pouvoir me contenir. Le bruit visqueux de leurs ventres me terrifie. J’ai peur comme si j’étais nu sous le regard de mon père. » p. 135

L’été du Forum des images !
Nicolas Demorand délaisse France Inter pour Europe 1
Yaël Hirsch
Co-responsable de la rédaction, Yaël est journaliste (carte de presse n° 116976), docteure en sciences-politiques, chargée de cours à Sciences-Po Paris dont elle est diplômée et titulaire d’un DEA en littérature comparée à la Sorbonne. Elle écrit dans toutes les rubriques, avec un fort accent sur les livres et les expositions. Contact : [email protected]

One thought on “Apocalypse poétique à la Nouvelle-Orléans”

Commentaire(s)

    Publier un commentaire

    Votre adresse email ne sera pas publiée.

    Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *