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18 meurtres pornos dans un supermarché, noir, humour et gaudriole par Philippe Bertrand

04 juin 2012 | PAR Yaël Hirsch

Connu comme dessinateurs de Bandes-Dessinées, certaines lestes (« Linda aime l’art »), d’autres moins (adaptation de « La Montespan » de Jean Teulé, « Rester normal » avec Frédéric Beigbeder), Philippe Bertrand n’a pas forcément eu besoin de l’image pour produire des œuvres érotiques.  A nouveau édités par La Musardine (collection Lectures amoureuses) les textes « 18 meurtres pornos dans un supermarchés » et « La baronne n’aime pas que ça refroidisse » sont deux petits bijoux crus et humoristiques.

« 18 meurtres pornos dans un supermarchés » met en scène l’arrivée de Mouloud et « La sardine » (un voyou de Marseille) venus piquer la caisse noire que le patron réserve pour payer ses soirées de partouzes orléanaises, dans un des grands supermarchés de la région. Entre le contremaître qui abuse de sa situation de pouvoir, la sous-chef comptable à la cuisse légère et la rancune vicieuse de l’assistante du patron, les employés du supermarchés ne s’ennuient jamais au naturel. Mais quand les deux malfrats à la braguette et à la gâchette facile débarquent accompagnés par la jeune et lubrique Loulou, les ébats classiques se transforment en orgie de baise et de mort subite. La fin du texte se transmue alors en ballet hypnotique de cul et de sang, dans une chorégraphie immortalisée aux caméras de sécurité. Tout l’art de Philippe Bertrand consiste à détourner les codes du polar pour mieux brouiller les frontières entre érotisme, pornographie et critique habitée de la bourgeoisie de province.

Si, malgré les vies écourtées, « 18 meurtres pornos dans un supermarchés » est habité par une franche joie corporelle, l’autre texte du recueil « La baronne n’aime pas que ça refroidisse », est emprunt de plus de mélancolie. Abusée par ses camarades d’école car elle vient d’une classe sociale inférieure, puis par son mari qui par flemme l’offre à ses amis, la jeune Pauline, finit par rencontrer (toujours par le biais de « La sardine » du premier texte)  l’âme sœur auprès du vieux et lubrique baron de Mouzon de la Clotte. Après le décès de celui-ci, la baronne préfère s’entourer de jeunes femmes intelligentes qu’elle fait toutes passer pour ses nièces. Au poste du jouet de ses dames cruelles, Philippe Bertrand a placé un policier, soit-disant en mission, qui se fait passer  pour le majordome de la Comtesse… L’enquête peut commencer, en flash-backs et avec un voile pudique sur les meurtres pour privilégier les mises en scènes sexuelles -aussi ennuyeuses que compliquées et donc plutôt drôlesses une fois racontées-  de la grande bourgeoisie locale.

Deux textes crus, donc qui passent les limites de l’érotisme pur tomber dans une franche pornographie, à la fois noire et « sociale ».

Philippe Bertrand, « 18 meurtres pornos dans un supermarché » suivi de « La baronne n’aime pas que ça refroidisse », la Musardine, collection « Lectures amoureuses », 256 p., 9.50 euros.

« Toujours est-il que le Sieur Christian Graton, dirlo des supermarchés Bravo, organisait des touzes dans son pseudo-manoir néogothique de marchands de saucisses au kilomètre, avec du matériel post-soviétique. Après tout, on pouvait comprendre qu’il ne les organisât pas dans le rayon fruits et légumes du magasin. l’info aurait pu glisser sur la peau nacrée de Marie-Christine, que l’idée de se faire partouzer par un notaire et un adjoint à l’enseignement technique à la mairie de Châteauneuf-sur-Loire tentait modérément, si elle n’avait appris, par la même occasion, que son mari faisait partie des convives les plus assidus de ce genre de soirées« .  p. 58-59.

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Yaël Hirsch
Co-responsable de la rédaction, Yaël est journaliste (carte de presse n° 116976), docteure en sciences-politiques, chargée de cours à Sciences-Po Paris dont elle est diplômée et titulaire d’un DEA en littérature comparée à la Sorbonne. Elle écrit dans toutes les rubriques, avec un fort accent sur les livres et les expositions. Contact : [email protected]

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