Cinema

Wall Street : L’argent ne dort jamais, d’Oliver Stone

07 octobre 2010 | PAR Laurent Deburge

Voici une deuxième critique du très attendu  retour de Wall Street.Pour  notre autre article cliquez ici.

C’est dommage, Oliver Stone est passé à côté d’un grand film, et d’un grand sujet. La crise financière, les sub-primes, etc. c’était l’occasion pour Stone de tenter une vraie fresque historique, avec le défi d’essayer de faire comprendre, mais surtout de traduire dans la chair et l’âme du spectateur, à l’aide de personnages devenus archétypes, un sujet dont on se demande si une seule personne en maîtrise parfaitement les tenants et les aboutissants. Au lieu de cela, il se replie sur la petite histoire, le retour du vieux serpent Gekko incarné par Michael Douglas, les problèmes de famille, les relations fille-père, père-gendre, tant de thèmes qui pourraient intéresser s’ils ne touchaient pas exclusivement cette caste hyper-privilégiée des acteurs de l’économie financière. On a du mal à se passionner, à sympathiser voire à compatir aux émois de ces traders dans leurs beaux appartements, quelle que soit leur dose de bons sentiments écolos. Leurs gains ou leurs pertes sur les marchés financiers nous laissent de marbre, n’en déplaise à la belle interprétation de Shia La Beouf ou au plaisir de revoir Michael Douglas, dans son rôle phare des années 80. Reste l’impressionnante virtuosité technique de Stone, le luxe et l’excitation face au potlatch permanent qu’est le cinéma hollywoodien. Mention à Josh Brolin superbe en méchant requin, incarnation de la fuite en avant d’un système économique qui se résume à un mot : « more ». (Il est par ailleurs, et toujours aussi génial, à l’affiche du dernier Woody Allen, Vous allez rencontrer un bel et sombre inconnu).

L’ambiance des grandes décisions de la Fed et du gouvernement, la manière dont on lâche ou non une banque et les conséquences que cela peut avoir, l’inconscience affichée des décideurs sur le sort des gens de la vraie vie : tout cela n’est pas mal représenté, mais pour quoi s’en tenir à un mélo inconsistant ? C’est dommage. Sur les conséquences de la crise de 1929, John Ford avait fait Les raisins de la colère, mais il s’appuyait sur un certain Steinbeck ; quelque part, ça doit jouer…
Finalement, Wall Stree : L’argent ne dort jamais, reste un spectacle qui serait agréable, s’il n’était, pour les raisons susmentionnées, terriblement frustrant.
Qui fera le Autant en emporte le vent du XXIe siècle ? La machine est-elle cassée ? Comment passer à l’universel, incarner l’histoire, nous concerner quand nous sommes concernés ? Expliquer, ou tenter d’expliquer le lien entre l’économie financière et l’économie réelle. Cela aurait du sens. C’est peut-être réservé aux documentaires, tel Cleveland contre Wall Street, de Jean-Stéphane Bron. Grands cinéastes de fiction, il reste des grands sujets, profitez-en, réveillez-vous, réveillez-nous.

Wall Street : l’argent ne dort jamais. Drame. Réalisé par Oliver Stone. Avec Michael Douglas, Shia LaBeouf, Josh Brolin, Carrey Mulligan. 02h16min, 2010, USA. Sortie le 29 septembre 2010.

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Laurent Deburge

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