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« Passage par le futur », portrait de la Chine, frappant par instants [Cannes 2017, Un certain regard]

« Passage par le futur », portrait de la Chine, frappant par instants [Cannes 2017, Un certain regard]

28 mai 2017 | PAR Geoffrey Nabavian

Certaines des dimensions de ce drame social et familial marquent. Trop long, hélas, le film complique la quête de racines qu’il peint avec des scènes plus que déjà vues, et quelques personnages archétypaux…

[rating=3]

S’il avait continué un jour de plus à se rendre à son usine pour supplier son patron de le garder, le père de la jeune Yaoting serait mort : un glissement de terrain a provoqué la disparition des bâtiments. Ne voyant plus de raison de demeurer dans la grande ville, cette famille prend la route pour la campagne aride, là où se trouvent leurs racines… Dans Passage par le futur, le cadre rural sera solaire, exploité par les possédants, jonché de maisons spartiates, mais plus hospitalier que le milieu urbain gris, trompeur et au final triste. La jeune Yaoting, étudiante et ouvrière dans une usine d’électronique, va laisser, elle, ses parents dans leur nouvelle demeure, et revenir dans les immeubles. Tandis que sa mère et son père, malade du dos, tenteront de vivre à moindres frais et de soigner leurs maux, elle se fera happer par les faux espoirs des cités modernes, en désirant payer à ses géniteurs l’appartement de leurs rêves…

Très bien interprété, ce film est hélas rendu peu démonstratif, du fait de sa longueur. Au début, lors de l’installation à la campagne, l’humanité règne. On s’attache à cette traversée, et à son lot de rencontres avec les puissants et avec la famille restée au pays – tous les personnages demeurant très bien joués – mais aussi d’espoirs et de vie moins chère, avec ce père touchant… Après, le retour en ville de l’héroïne passionne moins. C’est à ce moment-là que l’on découvre une amie à elle irritante, un garçon séduisant, un peu imaginé à gros traits… et d’autres situations qui prennent trop leur temps. Le film offre un panorama intéressant de certaines évolutions, toutes imbriquées les unes dans les autres, mais il cherche parfois trop à faire oeuvre. On attend juste de voir la suite du dialogue entre les univers, de sentir le drame se déployer… Cela met du temps, trop de temps… On eut aimé un rythme plus concis, plus tenu, plus tranchant, pour se passionner pour cette famille…

Bien réalisé, mais parfois perdu entre sécheresse et messages appuyés, Passage par le futur intéresse, mais nous laisse décrocher aussi, parfois. En prime, on peut préciser que tous les jeunes Chinoises et Chinois du film ont les yeux rivés sur leurs smartphones, dont les messages s’affichent en sous-titres à l’écran…

Passage par le futur (Lu gui wei lai), de Ll Ruijun, avec Yang Zishan (Yang Yaoting) et Fang Yin (Xin Min). Chine, 2017, 129 minutes. Cannes 2017, Un certain regard.

Visuel : © Droits réservés

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Geoffrey Nabavian
Parallèlement à ses études littéraires : prépa Lettres (hypokhâgne et khâgne) / Master 2 de Littératures françaises à Paris IV-Sorbonne, avec Mention Bien, Geoffrey Nabavian a suivi des formations dans la culture et l’art. Quatre ans de formation de comédien (Conservatoires, Cours Florent, stages avec Célie Pauthe, François Verret, Stanislas Nordey, Sandrine Lanno) ; stage avec Geneviève Dichamp et le Théâtre A. Dumas de Saint-Germain (rédacteur, aide programmation et relations extérieures) ; stage avec la compagnie théâtrale Ultima Chamada (Paris) : assistant mise en scène (Pour un oui ou pour un non, création 2013), chargé de communication et de production internationale.Il a rédigé deux mémoires, l'un sur la violence des spectacles à succès lors des Festivals d'Avignon 2010 à 2012, l'autre sur les adaptations anti-cinématographiques de textes littéraires français tournées par Danièle Huillet et Jean-Marie Straub.Il écrit désormais comme journaliste sur le théâtre contemporain et le cinéma, avec un goût pour faire découvrir des artistes moins connus du grand public. A ce titre, il couvre les festivals de Cannes, d'Avignon, et aussi l'Etrange Festival, les Francophonies en Limousin, l'Arras Film Festival.CONTACT : [email protected] / https://twitter.com/geoffreynabavia

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