Cinema

Valenciennes 2010 : journal du Festival

26 mars 2010 | PAR Geraldine Pioud

Quelques jours dans le Nord (où il ne pleut pas!), à Valenciennes, au coeur d’un Festival qui surprend chaque année par ses choix judicieux. Focus sur la compétition qui fait rage au quotidien!

Jeudi 25 mars

Le festival s’est ouvert ce soir avec la projection du prochain film de (et avec) Julie Delpy : La Comtesse, qui sortira en salles le 21 avril prochain. L’histoire est relativement connue: cette Comtesse est en partie « responsable » des légendes urbaines qui continuent à circuler encore aujourd’hui sur la Reine des vampires dans les Carpates. Mais Julie Delpy, n’oubliant certes pas les massacres des jeunes vierges, semble avoir voulu mettre en avant l’histoire d’amour (ou plutôt le chagrin d’amour) qui fût à l’origine de la dégénérescence psychologique de la Comtesse.
Malgré quelques scènes un peu sanglantes, l’ensemble jouit d’une esthétique assez douce, voire par moments voluptueuses. Les drapés des robes couvrent l’espace de reliefs inattendus, les visages scrutent l’environnement avec une violente tendresse et les décors (un splendide château du Moyen-Âge) écrasent (et enferment?) les sentiments. L’idylle, brève mais intense, de la Comtesse avec Istvan Thurzo (Daniel Brühl), conditionnera l’avenir de cette femme: elle, si respectée, et dont chaque regard pouvait faire craindre le pire, deviendra l’esclave de ses sentiments et de ses obsessions de jeunesse. Pensant rajeunir grâce au sang des jeunes filles, la Comtesse se décompose en fait petit à petit… et Julie Delpy ne s’est rien épargné: ni le teint blafard, ni les marques de vieillesse, ni les prises de vues peu avantageuses. C’est avec une grande maîtrise que la réalisatrice a donné à l’actrice un des plus beaux rôles de sa vie.

Vendredi 26 mars

Cette année le festival de Valenciennes a une fois de plus décidé de bousculer ses spectateurs. La compétition débute ce jour avec la projection de Life during wartime (de Todd Solondz, sortie en salles le 28 avril 2010). Reprenant certains personnages de Happiness, le réalisateur les confronte, 10 ans après, aux problèmes qui subsistent dans leurs vies. Un film tendre mais sans concession, qui évoque les rapports familiaux, l’amour, la mort, et surtout le pardon. Le voyage est étrange, mystique parfois, et oscille entre le rêve et la réalité, avec la brume que seuls les souvenirs savent rendre merveilleux.
Cellule 211 (de Daniel Monzon, sortie prévue le 4 août 2010), dans un style très différent, ne fait pas non plus dans le compromis. Un jeune maton un peu naïf se rend dans la prison où il doit commencer à travailler le lendemain. Pris dans une mutinerie à l’intérieur, sa seule chance de survie est de se faire passer pour un nouveau détenu. Cellule 211 est un film fort au scénario impeccable, servi par des interprètes inoubliables. On comprend pourquoi ce film fut couvert de Goya en 2010 (meilleur film, meilleur réalisateur, meilleur scénario, meilleur acteur, meilleur espoir masculin, meilleur second rôle féminin, meilleur montage, meilleur son).
La projection du soir nous entraîna dans les sombres méandres de Londres. London Night (de Alexis Dos Santos, sortie en salles le 28 avril 2010) suit les aventures nocturnes (amoureuses, sexuelles, alcooliques, etc.) d’Axl (Fernando Tielve) et Véra (Déborah François, dont s’est le premier rôle en langue anglaise), deux adulescents indécis et rêveurs. L’omniprésence de la musique et la mise en relief des problématiques humaines n’effacent pas quelques maladresses esthétiques et narratives. Le film se perd parfois dans le trop (de sexe, d’alcool, de perdition, de faux/bons sentiments) et en oublie son essence même : Londres la nuit.

Samedi 27 mars

Rendez-vous avec l’émotion en ce début d’après-midi. Malgré un synopsis peu engageant (une nouvelle histoire de voyage initiatique à la recherche de ses origines, etc), The world is big (de Stephan Komandarev, sortie en salles le 16 juin 2010) entraîne le spectateur dans un périple original, ponctué de flash-back, entre l’Allemagne et la Bulgarie. Les souvenirs reviennent à la surface à mesure que les kilomètres défilent, et l’histoire, la vraie, ne sera plus fantasmée mais vécue avec une troublante intensité. Un film qui surprend par sa maîtrise et son intelligence émotionnelle.
Après la vampirisation, l’émotion, la prison et la perdition, place au reportage de guerre avec le film Lignes de front (de Jean-Christophe Klotz, sortie en salles le 31 mars 2010). Jalil Lespert (formidable!) y incarne un jeune journaliste indépendant, Antoine, qui décide de filmer les massacres du Rwanda (le film se passe en 1994) en dehors des sentiers battus. Se pose alors toutes les questions liées aux cadrages, aux limites, à l’implication personnelle… Que montrer? Faut-il censurer? À mesure qu’il avance, Antoine perd ses illusions et commence à douter de lui-même et de sa capacité à résister aux drames humains.
Et pour terminer la compétition, projection ce samedi soir du film de Nicolas Boukhrief, Gardiens de l’ordre (sortie en salles le 7 avril 2010), avec Cécile de France et Fred Testot. Repartie un peu plus tôt du festival, je n’ai pu voir ce dernier film. En voici donc juste le synospsis : « Lors d’une ronde de nuit qui tourne mal, Simon et Julie, deux simples gardiens de la paix, blessent un jeune cadre qui a abattu sans raison un de leurs coéquipiers. Accusés à tort de bavure et lâchés par leur hiérarchie, ils décident de prouver leur innocence en enquêtant sur la drogue responsable du coup de folie de leur agresseur. »

Dimanche 28 mars

Et voilà le Palmarès! Comme dans tous les festivals, le Jury fait consensus. Tous les films présentés pour cette 21e édition méritait une récompense. Mais l’essentiel est de voir, d’aimer et de parler de toutes ces oeuvres cinématographiques, témoignages de notre temps qui seront toujours plus que ces 24 images par seconde.

Grand Prix du Festival du Film de Valenciennes
Life During Wartime de Todd SOLONDZ

Prix du Jury
Lignes de Front de Jean Christophe KLOTZ

Prix de la Mise en Scène
Todd SOLONDZ pour Life During Wartime

Prix d’interprétation Féminine
Allison JANNEY pour Life During Wartime

Prix d’interprétation Masculine
Fernando TIELVE pour London Nights

Et toujours plus d’informations sur le site du Festival

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Geraldine Pioud

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