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Une trop bruyante solitude, très beau film de Vera Caïs tourné en 1995, sort enfin sur les écrans

Une trop bruyante solitude, très beau film de Vera Caïs tourné en 1995, sort enfin sur les écrans

15 novembre 2011 | PAR Liane Masson

Film tourné en 1995 par la réalisatrice Vera Caïs, Une trop bruyante solitude est adapté de la nouvelle éponyme de l’écrivain tchèque Bohumil Hrabal. C’est une magnifique fable philosophique sur la condition humaine, qui raconte l’histoire d’Hanta, homme ordinaire qui presse du vieux papier dans un sous-sol de Prague. Mêlant brillamment les registres grotesques et sublimes, l’œuvre est d’une singularité et d’une puissance  remarquables. Le film est à l’image du livre : touchant, fantaisiste, poétique, naviguant entre ironie légère et puissance tragique. Après une longue bataille pour obtenir les droits, et de nombreux soucis de production, Vera Caïs voit enfin son film sortir sur les écrans français, et c’est heureux. On ne peut que vous inviter à aller le découvrir, à partir du 16 novembre.


Hanta est pressier depuis 35 ans. Seul dans sa cave poussiéreuse avec sa vieille machine et une colonie de souris qu’il affectionne beaucoup, il détruit des livres et du papier destinés au recyclage. C’est un homme pauvre, au manteau sale et à la tête dans les étoiles, un ivrogne dépressif sans éducation mais dont la soif d’apprendre et l’imagination sont sans limite. Ses livres sont pour lui des compagnons de vie essentiels qu’il respecte autant qu’il chérit. Il s’y plonge et s’y perd, allant jusqu’à oublier de manger ou de travailler. Il passe presque plus de temps à les lire qu’à les réduire en paquets compressés. Et même dans ses paquets, il met de l’amour et de la beauté, insérant dans chacun d’eux un livre précieux ou un objet cher à son coeur avant de les voir finir broyés par la machine. Dans son sous-sol, au milieu des monticules de papiers, il offre ses sandwichs à de séduisantes gitanes qui l’appellent papa et reçoit la visite régulière des auteurs ou personnages des ouvrages du passé. Erasme passe naturellement sur son cheval, tandis que Kant lui apporte à boire et que Jésus ou Don Quichotte viennent sympathiquement bavarder avec lui, peuplant une solitude trop lourde à supporter. Et puis il rêve à Illonka… son amour perdu qui lui apparaît dans d’irréelles et sublimes visions.

Philippe Noiret, qui incarne Hanta, est superbe dans ce rôle de poète alcoolique taillé pour lui. Il joue avec une humilité et une sincérité profondes, se glissant avec le plus grand naturel dans la peau de son personnage. C’est avec une sorte d’évidence qu’il parvient à exprimer tout le désespoir et toute la tendresse d’Hanta, le rendant pour nous particulièrement attachant. Jean-Claude Dreyfus est lui aussi à sa place en patron colérique, tout comme Chantal Neuwirth, attendrissante en tenancière de bar mélancolique. La présence magique et malicieuse des animaux qui peuplent le film renforce l’impression de liberté et de vitalité qui s’en dégage. De même que la musique et les chants de l’Est, très présents, qui rajoutent à son côté pittoresque et donnent lieu à des scènes émouvantes.

Une trop bruyante solitude est un film au charme et à la fantaisie artisanales. Généreux, entier, audacieux, il a une épaisseur qui tient aussi à ses quelques imperfections. Un vrai petit trésor de cinéma que l’on découvre enfin aujourd’hui, après 15 ans d’attente, et c’est un grand plaisir.

 

 

Une trop bruyante solitude, de Vera Caïs, adapté de l’oeuvre de Bohumil Hrabal (éditions Robert Laffont). Avec Philippe Noiret, Jean-Claude Dreyfus, Chantal Neuwirth, Jiri Menzel, Agathe De La Fontaine. Sortie le 16 novembre 2011.

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Liane Masson

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