Cinema
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Une poétique plongée en enfance avec I Wish, de Kore-Eda

04 mars 2012 | PAR Géraldine Bretault

Dernier né du réalisateur japonais Kore-Eda, I Wish vient allonger sa filmographie de choix, avec en tête Nobody Knows, Still Walking et Air Doll. Le cinéaste y renoue avec les drames familiaux, petits et grands.

À travers ce film, Kore-Eda entendait célébrer la mise en service de la nouvelle ligne du shinkansen (TGV) sur l’île de Kyushu, le 12 mars 2011. La veille, survenait le drame de Fukushima. Difficile de ne pas voir une terrible métaphore dans la relation inquiète qu’entretient le jeune héros avec le volcan Sakurajima en activité. Comme pour nous rappeler que les forces de la nature ont toujours le dernier mot au Japon, face à la succession impassible des générations.

Après le divorce de leurs parents, Kochi est parti vivre avec sa mère chez ses grands-parents au sud de l’île, alors que Ryunosuke vit désormais avec leur père à Fukuoka, au nord. Ayant du mal à s’adapter à cette séparation et à trouver leur place dans leurs nouvelles vies respectives, les deux frères s’imaginent qu’un miracle va se produire lorsque ces nouveaux trains se croiseront pour la première fois.

L’intrusion de ce symbole de la modernité la plus écrasante – les rails aériens dominent et dénaturent le paysage – ne fait que mieux ressortir la richesse des traditions au sein de la culture japonaise, ainsi que la densité des liens familiaux qui unissent tous les personnages. Dans un Japon pourtant toujours plus individualiste, Kore-Eda souligne combien les détails quotidiens les plus triviaux – la nourriture, les expressions de langage – assurent la transmission de cette culture d’une génération à l’autre.

S’ils souffrent de l’éclatement de leur famille, les deux frères ont cependant tout l’espace nécessaire pour se reconstruire, les générations précédentes étant occupées par leurs propres affaires. Les vieillards ne courent peut-être plus comme des gamins, chez Kore-Eda, mais ils fourmillent d’idées et vivent leur vie avec autant de détermination que les plus jeunes.

Si bien que l’épopée dans laquelle ils se lancent, ce voyage initiatique entrepris avec cinq de leurs camarades pour essayer d’accomplir leurs vœux, résonne comme une formidable ode à l’enfance dans ce qu’elle a de plus précieux : sa capacité à rêver. Quand, après moult péripéties – souvent très drôles -, les enfants touchent enfin au but, une page d’enfance se tourne. Confrontés au principe de réalité, ils comprennent soudain que les vœux ne sont pas faits pour être réalisés mais rêvés. Ils y ont gagné la révélation de leur appartenance à ce monde, avec tous les possibles que cela laisse présager.

Les quelques longueurs ressenties se laissent bien vite oublier devant la capacité du cinéaste à filmer à hauteur d’enfant, et son habileté à attirer notre œil vers la poésie du quotidien, y compris parmi le béton très présent du Japon moderne ou les cendres du volcan récalcitrant.

Un joli retour en enfance.

 

« Je veux être un adulte qui attend ses enfants au retour de leurs aventures, sans en faire toute une histoire. » Kore Eda

I Wish (nos vœux secrets), Hirokazu Kore-Eda, drame japonais, 2h08, 2011. Sortie nationale le 11 avril.

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Géraldine Bretault
Diplômée de l'École du Louvre en histoire de l'art et en muséologie, Géraldine Bretault est conférencière, traductrice et rédactrice dans le secteur culturel, collaboratrice régulière de l'ICOM, des Rencontres d'Arles, de la revue de design Etapes. Membre de l'Association des traducteurs littéraires de France et du Syndicat de la critique de théâtre, musique et danse, elle a rejoint l'aventure de Toute La Culture en 2011, autour des rubriques Danse, Expos et Littérature. Elle a par ailleurs séjourné à Milan (2000) et à New York (2001, 2009-2011), où elle officiait en tant que Docent au Museum of Arts and Design et au New Museum of Contemporary Art.

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