Cinema

Tokyo Sonata : Mais que fait la critique ?

31 mars 2009 | PAR Erwan

images2Tokyo Sonata avait tout pour paraître un grand film. Les critiques dithyrambiques relayaient le jugement favorable du Festival de Cannes ayant distingué le film par un prix spécial du Jury dans la sélection « un autre regard ». Serge Kaganski des Inrocks, soulignait la « force émotionnelle aussi nue que contagieuse. La marque des plus grands ».  Libé, Le Monde, L’Express, chacun y allait de sa petite note pour évoquer « un magnifique mélodrame »,  où le réalisateur est « maître de son geste ». Tokyo Sonata avait tout pour paraître un grand film. Ce n’en fut pas un.

Les thèmes de la famille disloquée, la méchante société sans pitié qui nous envoie à la soupe populaire, l’incohérence du système, l’absence de communication père-fils, le couple dissolu… le film commence en effet correctement pour réveiller notre conscience. Papa, maman, leurs deux fils, vivent l’époque difficile qui est la nôtre. La peinture sociale, dans l’air du temps, proche de nos préoccupations, ne peut que sonner juste. Et le traitement esthétique peint un Tokyo différent, un peu soporifique, mais c’est un choix d’auteur alors la dose passe. Le film aura duré une heure à monter à ébullition, il en aura même été remarquable avec ses petites pointes de cynisme. Mais n’ayons pas peur de nous contredire, Tokyo Sonata est un somnifère agréable à mi-temps. Pourquoi alors avoir tout sacrifié au thème de l’invraisemblance ?

Kai Inowaki, le fils cadet
Kai Inowaki, le fils cadet

Invraisemblance lorsque quatre personnages (la mère, le père, le fils, et un parfait inconnu) pètent un plomb à peu près au même moment, donnant lieu à des chassés-croisés douteux. C’est un choix d’auteur, un autre, alors…

Invraisemblances dommageables (pour le film) lorsque ses personnages poursuivent leur délire, sans nuance, dans de nouvelles situations incohérentes. Les exemples ne manquent pas : la mère se fait kidnapper. Le kidnappeur lui laisse faire ses courses. (Elle en avait besoin. Lui est très compréhensif !). Elle revient le voir pour retrouver sa condition d’otage et quand il s’en étonne, elle répond s’être engagée auprès de lui… (Nous devons alors comprendre que sa vie est tellement misérable que la situation serait plausible). Dans la même veine absurde, le fils de famille fugue et trouve sur son chemin un autre ami qui a lui aussi pris le large… C’est alors que le copain fait une crise d’asthme en direct live… Et dans un murmure, il nous explique qu’il fuit les sbires de son père qui le bat. Pourquoi ne pas nous préciser alors que son père le bat parce que lui-même a été battu ? C’est du grand n’importe quoi !

Bêtise désormais lorsque le kidnappeur se suicide au moment où le père est renversé par une voiture. Bêtise quand ce second ressuscite au petit matin et que tout revient dans l’ordre après qu’il a donné de l’argent trouvé aux bonnes œuvres. Cet argent est alors une nécessité…

Alors, oui, la chute rachète en partie le film. Le père cesse d’être autoritaire, et la famille peut exister. Autre vision : le fils prodige nous joue une Sonata et le rêve prend vie.
Mais la question qui reste en suspens, c’est de savoir comment un tel pot-pourri a su séduire autant de jury, autant de critiques dont le métier est de garder un regard avisé sur le cinéma… d’auteur y compris. Est-ce parce que le réalisateur est un ancien de la nouvelle vague japonaise, ayant sombré dans le porno, repêché depuis par le film fantastique et dont le parcours pouvait augurer une telle narration… et l’admiration des cinéphiles ? Il n’en reste pas moins que le film s’apprécie comme un délire touchant au début, ennuyeux au milieu, incohérent à la fin…

Erwan

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Erwan

6 thoughts on “Tokyo Sonata : Mais que fait la critique ?”

Commentaire(s)

  • shigeyuki

    enfin un vrai regard sur ce film loin d’être un chef d’oeuvre!

    janvier 23, 2010 at 23 h 59 min
  • erwan

    Peut être. Mais fort mal écrit lui-aussi ;) Merci de l’avoir lu.

    janvier 24, 2010 at 0 h 34 min
  • Amelie Blaustein Niddam

    Total désaccord, ce sont les invraissemblances qui faisaient tout l’interet de ce film. Tokyo Sonatat est une fable et non un documentaire sur le japon.

    janvier 24, 2010 at 21 h 18 min
  • erwan

    Oui oui. Normal. Les invraisemblances comme l’intérêt principal d’une narration. J’y pense…

    Si un film est vraisemblable, alors c’est un documentaire. Intéressant. Intéressant.

    Sauf que je ne parle pas d’invraisemblances, mais d’incohérences. Lynch crée des invraisemblances qui sont toutes cohérentes. Les nouvelles vagues japonaises, françaises s’amusent avec les incohérences pour montrer des invraisemblances, remettre en cause une forme de logique.

    Ici Kurosawa (Kiyoshi), peint une famille japonaise en plein chaos. Sa peinture est d’ailleurs proche du documentaire naturaliste une bonne partie du film.
    Mais l’incohérence du climax c’est de reposer sur un deus ex machina, à savoir une association de plusieurs phénomènes étrangement apposés à leurs paroxysmes dans un même temps. S’il ne s’agit pas de la marque d’un faiseur alors, chère Amélie, je me remets à votre jugement sûr et assuré. Vous avez certainement là une analyse bien poussée qui pourrait remettre en cause mes convictions.

    janvier 25, 2010 at 1 h 05 min
  • scanz

    « erwan
    25/01/10

    Oui oui. Normal. Les invraisemblances comme l’intérêt principal d’une narration. J’y pense…

    Si un film est vraisemblable, alors c’est un documentaire. Intéressant. Intéressant. »

    Pédant et désagréable. Si au moins sa critique était plus agréable à lire que le film n’est (selon lui) ennuyeux à regarder?

    février 17, 2011 at 19 h 38 min

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