Cinema

Tahrir. Place de la Libération, puissant, passionnant

Tahrir. Place de la Libération, puissant, passionnant

18 janvier 2012 | PAR Elodie Rustant

Le 25 janvier 2011, peu après la chute de Ben Ali en Tunisie, de jeunes Egyptiens appellent à manifester contre le régime via Facebook. Le flux de personnes converge vers la place Tahrir qui deviendra en quelques heures l’épicentre de la contestation. Le 26 janvier, le gouvernement interdit tout rassemblement. Ce ne sont alors plus des centaines mais des milliers, puis deux millions de manifestants qui braveront la violente répression. Le gouvernement coupe l’accès Internet puis les communications mobiles. Rien n’y fait. Pris en étau, Hosni Moubarak annonce sa démission le 11 février.

C’est au réalisateur italien, Stefano Savona, grand connaisseur de l’Egypte que l’on doit la réalisation de ce passionnant documentaire. Dès le début des événements, Savona suspend ses projets en cours et s’envole pour le Caire. Il y restera deux semaines. C’est avec une caméra Canon 5D, réputée pour sa petite taille, que le cinéaste va parcourir la place et filmer « à l’instinct » les gens qui s’y trouvent.

On y découvre des milliers de visages d’hommes, de femmes, d’enfants, vieux, jeunes, ouvriers, paysans, aisés. Des femmes voilées ou tête nue, des hommes barbus ou rasés. Tous pris dans la même rage, le même désir de liberté.

C’est le collectif que filme Savona dans un premier temps. Des personnes soudées pendant quelques jours par les mêmes slogans, repris à s’en casser la voix, les mêmes gestes, poings levés vers le ciel, la même aspiration. Le mot liberté est sur chaque lèvre.

Puis la caméra se fixe sur une personne, un étudiant coiffé d’un keffieh aux revendications laïques, une jeune universitaire portant un hijab rouge et notant consciencieusement les revendications des manifestants, un gardien de troupeaux venu prêter main-forte au mouvement de contestation, un père de famille jurant la mort de celui qui tire sur la foule.

La caméra ne sert ni discours, ni cliché. Le réalisateur s’intéresse au profond bouleversement qui s’opère en chacun. Privé de liberté de parole pendant des années, chacun veut s’exprimer face à cette minuscule caméra. Ceux qui ne parlent pas chantent. Et c’est dans ces chants que s’exprime l’humour intact des Egyptiens. Leurs slogans sont parfois irrésistiblement drôles, preuve que l’endormissement des masses n’était qu’une illusion.

Plus que le désir de vengeance, c’est le sentiment de délivrance qui s’exprime ici.

A l’image de ces vers écrits par un manifestant : « Nous venons d’un pays de prisonniers mais nous n’étions pas morts […] Partout la vie est devenue la vie. La vie est notre pays. »

Bouleversant et poignant.

En salles le 25 janvier 2012

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Elodie Rustant

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