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Toutânkhamon, une exposition pharaonique

Toutânkhamon, une exposition pharaonique

26 mars 2019 | PAR Laetitia Larralde

La Grande Halle de la Villette accueille une icône et son trésor mythique dans l’une des expositions les plus attendues de la saison. Accompagnez Toutânkhamon dans son dernier voyage.

Cinquante ans après l’exposition du Petit Palais Toutânkhamon et son temps qui montrait quarante-cinq chefs-d’œuvre de l’Egypte antique dont trente-deux issus de la tombe du roi, le pharaon iconique revient à Paris. Pour sa deuxième étape d’un parcours s’arrêtant dans dix métropoles internationales, l’exposition phénomène s’installe jusqu’à l’automne à la Grande Halle de la Villette.
Presque cent ans après la découverte du tombeau par Howard Carter, deux cents après le déchiffrage des hiéroglyphes par Champollion, le trésor de Toutânkhamon s’offre une tournée d’exception avant de déménager du Musée du Caire de la place el-Tahrir pour intégrer le Grand Musée Égyptien. Ce musée, dont l’inauguration est prévue dans les années à venir, accueillera plus de cent mille objets, dont la totalité des plus de cinq mille objets du tombeau qui seront intégralement exposés. Il est prévu que le trésor de Toutânkhamon ne quittera alors plus l’Egypte.

A la Villette, ce sont cent cinquante chefs-d’œuvre, dont soixante jamais sortis d’Egypte, que l’on peut admirer. Le parcours, riche en explications, aussi bien écrites qu’en vidéos, nous propose de suivre le voyage du pharaon de sa mort à sa résurrection. La visite se fait dans une semi-obscurité, permettant aux ors de ressortir d’autant plus. Si l’or, qui constituait la chair des dieux, est l’un des matériaux les plus présents, la calcite frappe par sa translucidité laiteuse et sa grande rareté.
La scénographie est fluide, quoique parfois un peu théâtrale, et permet de tourner autour des objets, tous accompagnés d’explications, citations et de remises en contextes. Les textes sont didactiques sans être complexes et posent les bases à partir desquelles le curieux pourra continuer à creuser.

Les objets du trésor sont extraordinaires de finesse et captivent par leur état de conservation remarquable. Outre le style épuré et la géométrie qui fascina les artistes du XXème siècle, cette préservation miraculeuse au travers des siècles rend ces objets à la fois très contemporains et hors du temps. La magie et les rites qui ont accompagné Toutânkhamon dans l’au-delà semble continuer à agir sous nos yeux. Des objets pour le voyage comme des coffres, de la nourriture, un lit, des armes contre les créatures surnaturelles, gardiens, bijoux ou amulettes, tout a une utilité. Entre esprit pratique et grandeur, l’exposition se termine par la découverte du Tombeau en 1922, qui sera peut-être le dernier des trésors de cette envergure.

Si, selon une croyance de l’ancienne Egypte, un homme meurt deux fois, la deuxième étant à la mort de la dernière personne ayant prononcé son nom, Toutânkhamon a gagné l’éternité.

 

Focus : Toutankhamon immortel, l’héritage de l’Egypte – par Emilie Zana

Des citations provenant de livres funéraires de l’époque accompagnent les objets et le parcours de l’exposition. Le Livre des Morts, recueil d’incantations, accompagnait le défunt dans son voyage du Royaume des Morts vers l’éternité, vers l’au-delà. Mais ce voyage était rempli d’obstacles et l’âme du défunt – et plus précisément selon l’égyptologue français Serge Sauneron dans son Dictionnaire de la civilisation Egyptienne « l’âme itinérante d’un être vivant, capable d’action matérielle » et qui est appelée le Ba – devait, pour réussir son périple, être accompagnée d’objets matériels divers et chargés de pouvoirs magiques et religieux. Ainsi, de la nourriture, des armes mais aussi des instruments de musique étaient réunis dans le tombeau de Toutânkhamon, censé les utiliser lors de son périple.

En plus de ces objets, le corps même du défunt devait être préparé selon des protocoles particuliers. Le Ka, notion abstraite qu’on peut difficilement définir mais qui est, selon Serge Sauneron un « réservoir, en quelque sorte, des forces vitales, d’où provient toute vie, grâce auquel toute vie subsiste (…) et auquel toute vie retourne après la mort » réside dans la momie dans son tombeau mais aussi dans ses statues, comme dans cette effigie du roi montant la garde :

Le parcours de l’exposition ne cesse de rappeler l’immortalité de Toutânkhamon, notamment dû à son voyage dans le temps. Mais son voyage dans l’au-delà cette fois, propre aux croyances funéraires de l’époque, peut également être mis en parallèle avec certains « voyages » issus de cultures ou de pratiques différentes. Parmi eux, la « Merkaba », thème central de la première période de la mystique juive et consistant d’après Gershom Scholem en un « voyage visionnaire de l’âme au ciel », un voyage rempli d’obstacles qui n’est pas sans rappeler le voyage du défunt. On peut également mettre en lien les pratiques comme les arts martiaux ou même le Yoga, mettant l’accent sur la spiritualité atteinte grâce au corps, à l’âme et l’esprit.

 

Toutânkhamon, le trésor du pharaon
Du 23 mars au 15 septembre 2019
Grande Halle de la Villette – Paris

Visuels : vues de l’exposition, L. Larralde

Vincent Rondot : « l’accent a été mis sur l’intimité de Toutankhamon »
« Strip Tease » de Pere Faura : le Catalan se dénude avec brio
Laetitia Larralde
Architecte d'intérieur de formation, auteure de bande dessinée (Tambour battant, le Cri du Magouillat...)et fan absolue du Japon. Certains disent qu'un jour, je resterai là-bas... J'écris sur la bande dessinée, les expositions, et tout ce qui a trait au Japon. www.instagram.com/laetitiaillustration/

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