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Vincent Rondot : « l’accent a été mis sur l’intimité de Toutankhamon »

Vincent Rondot : « l’accent a été mis sur l’intimité de Toutankhamon »

26 mars 2019 | PAR Laetitia Larralde

A l’occasion de l’exposition évènement Toutânkhamon, le trésor du pharaon à la Grande Halle de la Villette, nous avons rencontré Vincent Rondot, Directeur du département des Antiquités Égyptiennes du musée du Louvre.

En quoi consiste L’accompagnement du Louvre dans cette exposition?
Quand les négociations entre le gouvernement égyptien et le gouvernement français pour faire venir l’exposition à Paris ont eu lieu, j’étais au Caire au Ministère des Antiquités Égyptiennes. La demande m’a été faite que le Louvre puisse être un partenaire de l’exposition. J’ai proposé à la direction générale du Louvre qu’on s’associe à l’exposition en lui prêtant un de nos chefs-d’œuvre, cette statue d’Amon protégeant Toutankhamon. Déléguer cet ambassadeur de nos collections, acheté en 1920, m’a semblé être une réponse pertinente à apporter à la demande des autorités égyptiennes.

Est-ce que la statue va continuer la tournée avec l’exposition?
Non, c’est un prêt uniquement pour Paris, c’est ce qui en fait l’originalité. On pourrait imaginer qu’une autre ville puisse avoir une action comparable. Cela illustrerait symboliquement auprès du grand public ce que sont les enjeux de la coopération fondamentale entre l’Égypte et les grandes collections européennes ou américaines.

Peut-on parler d’une diplomatie culturelle?
Certainement. C’était déjà le cas de l’exposition en 1967, les enjeux diplomatiques étaient là, comme aujourd’hui, tout simplement parce que ce sont des occasions qui ne sont pas si nombreuses de travailler ensemble. Des idées sont en train de se mettre en place, des nouveaux concepts s’inventent. Le concept le plus visible aujourd’hui et celui de ce Grand Musée Égyptien, qui serait une glorification, un éloge de ce pouvoir pharaonique, de cette civilisation. Il s’agit de créer des conditions réelles de coopération, former des équipes de gens qui seraient capables de travailler dans la durée. C’est tout un travail souterrain des musées qui tout d’un coup vient en pleine lumière avec une exposition comme celle-ci.

L’exposition présente 150 pièces sur plus de 5300, quel est votre avis sur cette sélection?
Le mot sélection est la clé. Beaucoup de critères entrent en compte comme la sécurité des œuvres, les conditions de conservation, le transport… tout en étant au service du discours de l’exposition. Il faut faire parler les objets, et c’est la sélection qui va permettre ensuite qu’ils parlent de façon éloquente.
Ici l’accent a été mis sur l’intimité de Toutankhamon par des objets comme ses gants ou ses sandales. C’est une préoccupation de plus en plus visible des visiteurs et peut-être de notre époque. En tant qu’égyptologue je suis résigné, nous ne pouvons pas atteindre l’intimité d’un pharaon, ni celle de gens qui ont vécu il y a aussi longtemps. En revanche nous pouvons utiliser le matériel qui nous est parvenu pour essayer d’atteindre l’homme qui se cache derrière le pharaon. C’est une grande ambition.

Comment s’inscrit cette exposition par rapport aux collections du Louvre?
Le Louvre s’est tout de suite associé à la Grande Halle de la Villette. Au début nous avons été très ambitieux, jusqu’à imaginer un billet commun, mais c’était trop compliqué. Ils ont une tradition à l’égard du jeune public, tout comme le Louvre. Les deux équipes ont travaillé ensemble, ce qui a permis la mise place de nombreuses activités pour les familles et les scolaires. Nous avons également préparé un parcours « Vallée des Rois » à l’intérieur de nos collections. Il s’agit d’une application faite spécialement, en parallèle de l’exposition, que vous téléchargez sur votre téléphone et qui vous guide dans les salles du Louvre vers des objets soit qui proviennent de la Vallée des Rois soit qui sont liés aux artisans qui ont travaillé à la Vallée des Rois. Une façon de prolonger l’exposition.

Tous les objets présentés sont dans un état de conservation impressionnant. Quel est leur niveau de restauration ?
Le sol du désert égyptien conserve d’une manière incroyable tous les matériaux, organiques ou minéraux. Le résultat est devant nous, ce coffre par exemple est dans un état parfait. En revanche le temps est passé et les objets ont souffert. Ils sont intacts mais très fragiles et donc les restaurations sont indispensables.

Peut-on imaginer que ce que l’on voit ici est quasiment dans l’état de la sortie du tombeau?
Oui. Certains étaient pris dans des matières organiques, couverts de bouquet de fleurs décomposés. Cela faisait partie du rituel de l’enterrement, qui passe par des bouquets à profusion.

Quels sont pour vous les enjeux de cette collaboration entre l’Égypte et les différents pays d’Europe et d’Amérique sur la question de la restitution des œuvres d’art ?
Je pense que les enjeux sont la préservation à l’échelle internationale, qui passe par l’étude du patrimoine. Nous sommes dans une époque qui de ce point de vue-là est très préoccupée, très troublée, qui assiste les bras ballants à des destructions comme rarement. J’ai été traumatisé par l’explosion quasi en direct des Bouddhas de Bamiyan. Je veux m’en tenir à ces préoccupations de préservation du patrimoine. Les autres questions apparaissent trop difficiles à commenter dans le cadre d’une interview. L’œuvre passe avant tout.

 

Toutânkhamon, le trésor du pharaon
Du 23 mars au 15 septembre 2019
Grande Halle de la Villette – Paris

Visuels : vues de l’exposition, L. Larralde

LA SÉLECTION POP-ROCK-INDÉ-ELECTRO-RAP DE MARS 2019
Toutânkhamon, une exposition pharaonique
Laetitia Larralde
Architecte d'intérieur de formation, auteure de bande dessinée (Tambour battant, le Cri du Magouillat...)et fan absolue du Japon. Certains disent qu'un jour, je resterai là-bas... J'écris sur la bande dessinée, les expositions, et tout ce qui a trait au Japon. www.instagram.com/laetitiaillustration/

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