Cinema

Steve Suissa : « Si je n’avais pas fait de films, j’aurais fait des casses »

03 décembre 2009 | PAR Geraldine Pioud

Steve Suissa est un homme libre. Réalisateur et comédien indépendant, il n’attend pas que les projets arrivent à lui : il provoque les rencontres et réalise ses rêves. A l’occasion de la sortie, le 9 décembre de son film « Mensch », Steve Suissa a répondu sans tabou à nos questions.

steve-suissaAu départ vous êtes comédien, qu’est-ce qui vous a donné envie de passer à la réalisation?

J’en avais marre d’attendre le désir des autres. Je me suis aperçu que j’avais un univers que j’avais envie de raconter. Tout d’un coup j’avais une grosse énergie de vouloir raconter des choses et de vouloir emmener des gens dans des aventures. Et comme je n’avais pas été à l’école et que je n’avais pas fait d’école de cinéma non plus, j’ai décidé d’écrire ma propre histoire afin de dire ce que j’avais à dire. Je suis donc parti sur un récit assez autobiographique qui s’appelle L’envol, qui est mon premier film. Je me suis fait aidé à l’époque par Marc Esposito. Ce film a eu beaucoup de récompenses, il a eu une sorte de succès d’estime. Cela m’a donné envie d’en faire d’autres.

Après il y a eu Cavalcade…

Non, d’abord Le grand rôle. Après Cavalcade. Entre temps j’ai réalisé deux téléfilms, j’ai fait beaucoup de pièces de théâtre, dont Pieds nus dans le parc avec Sarah Biasini. Et là Mensch.

On a appris fin novembre que Sara Martins, qui interprète Helena, était potentiellement nommable pour le César du meilleur espoir féminin?

Ça fait plaisir. Depuis L’envol j’ai cette envie de trouver des talents et de leur donner la chance que j’ai pas eu en tant qu’acteur. J’aime bien l’idée d’écouter mes impulsions et de prendre des acteurs qui ont envie d’accomplir un chemin. C’est excitant d’être une sorte de révélateur pour les autres.

Parlons donc du casting. Nicolas Cazalé (il interprète Sam, le rôle principal) aura aussi le premier rôle dans votre prochain film. C’est un peu un débutant comme Sara Martins. Et à côtés d’eux il y a des acteurs confirmés comme Anthony Delon, Maurice Bénichou ou Sami Frey. Qu’est-ce qui a guidé vos choix?

En fait ça me ressemble. Je suis un mec à l’ancienne dans un monde moderne. Il y a un mélange de genre. La seule chose que je sais c’est qu’ils aiment profondément leur métier. Ils ont ça en commun. Ce sont des acteurs loyaux. Des hommes loyaux. Ce sont des gens qui ont envie, qui vivent les personnages, qui ne les jouent jamais, qui prennent ce qu’il y a en eux. Ça a été une osmose et une harmonie qu’il y a eu sur le plateau pendant tout le film. C’était en fait construire cette famille qui est aussi la mienne, et prendre des acteurs qui avaient quelque chose de singulier, de particulier, qui ne sont pas forcément des acteurs « people » ou des acteurs qui font des coups mais des gens qui ont envie de faire des films. J’avais envie de faire un film humain et vrai. Et si je peux dire quelque chose de ma distribution c’est qu’ils ont ce point commun : ils sont fondamentalement très humains et très vrais, dans leur façon de prendre leur métier, de vivre leur personnage, d’être là, de sentir les choses. Il y a une vraie sincérité chez tout le monde là dedans. Et c’est très important pour moi de ne pas faire un film à la mode, de ne pas faire un film « clipesque », de ne pas faire un film technique, mais de faire un film sincère et honnête. J’avais très envie de ça. J’avais envie de faire un film humble.

Nicolas Cazalé a un physique qui dénote un peu par rapport à son rôle. Il fait des casses mais finalement il rêve d’être comme tout le monde…

J’aime bien son côté terrien. J’aime bien son côté pas looké. Il est un peu brut de pomme! Il faut savoir que c’est un film un peu autobiographique. Il y a beaucoup de moi là-dedans.

Vous auriez pu interpréter ce personnage?

Je suis un peu vieux pour ce rôle. Et puis c’était bien d’être derrière. Nicolas a absorbé ça très bien. Il a pris les choses. Il a habité dans le quartier. On a travaillé tous les soirs. Il y a eu un vrai échange. C’est très intéressant ça. Après il a mis mon manteau, il a pris la barbe. Jusqu’à maintenant il jouait des personnages qui lui collaient à la peau. Là il a vraiment interprété un rôle. Il s’est mis dans la peau de quelqu’un avec ses émotions à lui. C’est un rôle d’homme. Alors que jusqu’à maintenant il avait des rôles de jeunes hommes.

Pouvez-vous me dire jusqu’à quel point Mensch est autobiographique?

J’étais plus pré-destiné à faire des casses dans la vie. Et si je n’avais pas fait de films j’aurai fait des casses.

Le cinéma vous a sauvé?

Le cinéma m’a sauvé la vie. Oui. J’ai pu raconter des histoires, interpréter des personnages. Mourir. Renaître. Prendre des risques. Avoir de l’adrénaline. Avoir des fantasmes. Les réaliser. Avoir des sensations. Ça m’a sauvé la vie.

C’est assez peu commun, en général c’est la première œuvre qui est autobiographique…

Oui mais pour moi c’est un diptyque. Il y a eu L’envol qui montrait ce que j’avais envie d’être, et il y a Mensch qui montre qui je suis. C’est certainement le plus mature de mes quatre films. Il s’est passé dix ans. J’ai été père. Il y a une question de transmission. Je me suis posé des questions. Et puis il y a l’approche de la quarantaine. On a un minimum de réponses. On fait des choix. Ce sont en fait toutes les thématiques de Mensch qui font que cela correspond à quelqu’un qui se demande ce que « réussir sa vie » veut dire. Qu’est-ce que ça veut dire d’être quelqu’un de bien. Il y a des réponses différentes pour chacun d’entre nous. C’est en ça qu’il y a différentes façons d’être un Mensch et de voir les choses.

D’où vient ce terme de « Mensch »?

C’est un terme yiddish et allemand. C’est un mot en commun. Au niveau de la métaphore c’est déjà intéressant. Et quand j’étais petit, mon grand-père me disait : « Coiffe-toi, serre ta cravate, regarde les gens dans les yeux et sois un Mensch ».

C’est donc pour de vrai!

Cette phrase vient de ma rue, de mon quartier, de mon enfance.

Dans Mensch la thématique de l’amitié est très importante. C’est assez récurrent dans vos films.

C’est très important l’amitié. L’amitié c’est de l’amour. À la différence qu’il n’y a pas de désir sexuel. L’amitié est certainement une des choses qui a le plus de chance de durer toute une vie.

Vous avez écrit le scénario avec Stéphane Cabel. Qu’est-ce qui vous a donné envie de le réaliser?

Prendre des risques. Parler de soi. C’est quand on est le plus personnel qu’on est le plus universel. C’est quand on va chercher à l’intérieur de soi et que l’on prend des risques à s’exposer que cela touche le plus. Le spectateur est pas un con, les gens ne sont pas dupes. Ils ont envie de films qui leur restent. En tous les cas dans ce genre là. Ils ont envie de choses vraies. C’est aussi intéressant d’aller vers un cinéma humain qui parle des gens, des autres, des hommes, qui parlent des questions que l’on peut se poser. J’aime ces personnages qui à des moments sont des héros et à d’autres moments des anti-héros. Ils ont des failles. Et puis c’est montrer la vie comme on la voit. C’est ça être cinéaste aussi.

Il y a une scène très troublante dans le film, lorsque Sam est avec son petit garçon le matin et que Youval (Michaël Abiteboul) vient le voir… Il y a une vraie tension dramatique.

Le personnage de Youvel est l’antithèse de Sam. C’est ce qu’il aurait pu devenir s’il n’avait pas eu d’enfant. C’est le côté angélique/diabolique. Je trouvais qu’il ne fallait pas être tendre avec ça. On ne va pas montrer les choses naïvement et dire que tout le monde fait du bien. On peut pas dire que celui qui fait du bien aura du bien et que celui qui fait du mal aura du mal. Si c’était aussi simple à vivre ce serait pas mal! La morale du film c’est que ce que l’on fait on le paye ; ça nous coûte après. On est les premiers à régler l’addition. Et puis c’est un monde d’aujourd’hui qui est urbain, qui est violent. C’est plus difficile aujourd’hui de ne pas péter les plombs. On a toutes les raisons de les péter. De vouloir gagner beaucoup d’argent et que cela devienne l’essentiel. Garder ses valeurs, avoir des principes et une éthique, c’est presque un truc de ringard. Et moi je ne trouve pas.

Dans votre mise en scène il y des attentes, et des précipitations. C’est une peinture de la vie.

C’est complexe comme la vie. Il y a des moments, on ne sait pas pourquoi ça part de tous les côtés. Et il y a des moments où il ne se passe rien. Pourtant il faut pouvoir gérer l’un et l’autre. La base de ça c’est que c’est vrai, comme si on regardait ça à travers le trou d’une serrure. C’est proche du cinéma que j’ai envie de faire : humain, sincère. Un cinéma vérité qui se pose des questions sur les choix plutôt qu’un cinéma qui veut en mettre plein la vue avec des moyens techniques.

Pour voir notre critqiue de Mensch, cliquez ici.

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