Cinema

Sortie ciné : Achille et la tortue

05 mars 2010 | PAR Geraldine Pioud

Un film de Takeshi Kitano est toujours attendu. Dans Achille et la tortue, le réalisateur nous offre le portrait d’un peintre raté, entre poésie et humour, mais aussi une réflexion habile sur le monde de l’art.

Machisu révèle dès son plus jeune âge des dons pour la peinture. Encouragé par ses proches qui voient en lui un grand artiste, il se met à peindre partout et en toutes circonstances. Enfant privilégié, sa vie bascule à la suite d’un malheur et il se retrouve seul et sans un sous. Machisu n’en oublie pas pour autant ses rêves de peintre. Il continue malgré les difficultés, soutenu par son épouse Sachiko qui participe à ses plus grands délires. La cinquantaine approchant, Machisu peint sans relâche, mais ne vend toujours aucune toile.

Après Takeshis’ (2006) et Glory to the Filmmaker (2008), Takeshi Kitano avec Achille et la tortue conclue sa trilogie artistique, évoquant respectivement l’univers de la comédie, de la mise en scène et à présent de la peinture. Si l’on peut regretter un début un peu chaotique (l’enfance et l’adolescence de Machisu se perdent dans des longueurs scénaristiques) qui ne ressemble pas au cinéma de Kitano, la deuxième partie du film est un véritable enchantement. Décrivant avec audace les méandres psychologiques qui se mettent en place dans le processus de création, Kitano peint avec ironie les paradoxes qui unissent un artiste et son oeuvre, mettant sa sensibilité au service de son histoire. La folie s’empare du créateur : les expériences à la limite de l’absurde deviennent des instants poétiques, au-delà de la réalité. Tous les délires sont possibles s’ils conduisent à la création. Les comportements extrêmes deviennent risibles (même si parfois ils sont dangereux), servis par une réalisation fluide et des acteurs tout en retenue (un coup de coeur particulier pour Takeshi Kitano et Kanako Iguchi qui interprètent Machisu et son épouse à la cinquantaine). Il y a des souvenirs de Keaton dans ce cinéma japonais, et plus globalement du cinéma burlesque étasunien… avec les couleurs chatoyantes en plus, et la touche particulière de Kitano, qui a la capacité de donner aux images une profondeur poétique. Achille et la tortue est drôle, touchant, triste parfois. Pour sûr, un grand moment de cinéma.

NB : pour l’explication de ce titre qui peut paraître bien mystérieux, être attentif aux premières minutes du film!

Achille et la tortue, de Takeshi Kitano, avec Takeshi Kitano, Kanako Higuchi, Yurei Yanagi
Sortie le 10 mars 2010

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Geraldine Pioud

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