Cinema

« Sole » de Carlo Sironi

« Sole » de Carlo Sironi

24 novembre 2019 | PAR Katia Bayer

Après plusieurs courts-métrages dont le très beau Valparaiso (présenté en 2017 par Format Court) qui traitait déjà de grossesse et de paupérisation, Carlo Sironi réalise Sole, un premier long-métrage très personnel, primé en octobre au festival Cinemed. A Montpellier où s’est déroulé le festival, le film a remporté le Grand Prix, l’Antigone d’or, ex æquo avec le film serbe Stitches de Miroslav Terzic (voir notre live-report). Le mois précédent, « Sole » avait fait ses débuts à la Mostra de Venise, dans la catégorie « Orrizzonti » consacrée aux courts et aux premiers longs-métrages. Le film sortira en salles en mai 2020. Toute la Culture attire déjà votre attention sur ce film.

Ca commence en bleu. La musique, la moto, la jeunesse en premier plan. Ca vire au vert, à la machine à sous, au jackpot. D’emblée, la lumière, le cadre intriguent. A l’écran, s’affichent 4 lettres, « Sole ». Soleil en français. Pour son premier long-métrage, Carlo Sironi se lance, simplement, joliment. Il raconte une rencontre, de celles qu’on voit au cinéma, moins dans la vie. D’un côté, une jeune fille, Lena (Sandra Drzymalska). De l’autre, un jeune homme Ermanno (Claudio Segaluscio). Lena est polonaise, Ermanno est italien. Lena est enceinte de 7 mois, Ermanno s’emmerde. Lena débarque en Italie avec sa queue de cheval, son portable et son déni de grossesse. Elle vient vendre l’enfant qu’elle porte. Ermanno, lui, s’occupe d’elle. Il la conduit, fait ses courses, et accessoirement joue auprès des autres le rôle de son mec, le père de l’enfant à venir, afin qu’il soit refilé à son propre oncle Fabio, ce qui arrange bien tout le monde (on ne dira pas pourquoi, un peu de mystère, c’est agréable !).. Bien malgré elle, Lena se retrouve à allaiter sa fille, Sole, et bien malgré lui, Ermanno s’attache à ces deux étrangères qu’il était loin d’avoir prévu dans son quotidien bien morne.

Par petits mots, par petits gestes, Carlo Sironi réussit à nous toucher avec ce premier long-métrage abouti (il avait déjà ouvert la voie avec son court Valparaiso). Avec Sole, il nous parle d’un monde dans lequel la jeunesse est livrée à elle-même. L’ennui est monnaie courante, le choix se confronte au sens des responsabilités, l’obscurité est plus intéressante que la lumière, et le silence bien plus parlant que les mots. Le film accompagne un moment, un passage. Deux solitudes, deux vies se rencontrent. Une troisième se pointe.

Des questions surgissent. Comment fait-on pour avancer ? Quelles sont les armes ? Quand et comment grandit-on ? Qu’est-ce qui est juste ? Comment se protège-t-on du monde extérieur et des adultes ? Que faut-il privilégier : l’argent ou la morale ? Se mouvoir, s’émouvoir, (se)(re)construire, s’émanciper de son milieu, esquisser un sourire : Sole va dans plusieurs directions. Tant mieux. Le film marque aussi pour sa tension réussie (ses climax !), ses acteurs tout en retenue, ses jeux de regards, ses silences, son cadre et sa fameuse esthétique bleue et verte.

« Sole » de Carlo Sironi, avec Sandra Drzymalska, Claudio Segaluscio, Italie, 2019. Sortie prochaine en salles. 

visuel (c)  Luxbox

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Katia Bayer

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