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Sexe et cinéma, vraies ou fausses subversions ?

Sexe et cinéma, vraies ou fausses subversions ?

13 février 2012 | PAR Elodie Rustant

La représentation du nu au cinéma remonte presque à ses origines contrairement à ce que l’on pourrait penser. Outre les photographies dénudées de Louise Brooks, la nageuse australienne Annette Kellerman est filmée dans le plus simple appareil dès 1916 dans le film Daughter of Gods. L’un des premiers films mettant en scène une relation sexuelle est Extase réalisé en 1933 par le Tchèque Gustav Machatý. On y voit la sublime actrice Hedy Lamarr atteindre l’orgasme. Scandale ! Furieux, le mari de cette dernière tenta de racheter toutes les copies du film pour en empêcher la diffusion. Tentative échouée. Depuis, les films montrant ouvertement le sexe se sont multipliés.

Toute la Culture vous livre sa sélection des plus grands films subversifs jamais réalisés :

Sexe et désespoir

Le Dernier Tango à Paris, Bernardo Bertolucci, 1972. Interdit aux moins de 18 ans à sa sortie en France.

Paul, quadragénaire américain et, elle, jeune beauté parisienne de vingt ans se rencontrent dans un appartement vide. Ils ne savent rien l’un de l’autre sauf qu’ils se désirent. Ils vont plonger dans une spirale de sexe passionnée et sulfureuse mais désespérée. L’union des corps n’est qu’un leurre pour tromper la solitude des êtres. Ce tourbillon d’érotisme les mènera irréfutablement au drame. Le Dernier Tango fit l’effet d’une bombe à sa sortie. Censuré en Italie, taxé de pornographique, le film doit beaucoup sa scandaleuse réputation à la fameuse scène « du beurre ». Marlon Brando y sodomise brutalement Maria Schneider en utilisant une plaquette de beurre comme lubrifiant. Violente, cette scène fut apparemment préparée à l’insu de l’actrice, qui, choquée, y versa de vraies larmes.

Ken Park, Larry Clark et Ed Lachman, 2002. Interdit aux moins de 18 ans en Europe.

Le photographe Larry Clark nous brosse un glaçant portrait de l’Amérique profonde. Brutalisés, mal-aimés ou simplement incompris de leurs parents, une poignée d’adolescents trompent leur ennui et leur solitude par des expériences sexuelles en tout genre. Le confinement des maisons américaines et le soleil de Californie étouffent la jeunesse dont les espoirs se brisent dans l’œuf. Shawn sert d’objet sexuel à la mère de sa petite amie. Prise sous le joug d’un père catholique semi-incestueux, Peaches attache son camarade d’école aux barreaux du lit. Pendant ce temps, Tate mêle masturbation et autostrangulation dans sa chambre. Le film fit scandale tant par le message ouvertement hostile au life-style américain que par l’abondance de scènes sexuelles dont la plupart ne sont pas simulées.

 

Sexe et violence

La Pianiste, Michael Haneke, 2001. Interdit aux moins de 16 ans à sa sortie en France.

Exit le mignon Momo de La vie est un long fleuve tranquille. Benoît Magimel se retrouve ici face une Isabelle Huppert perverse à souhait, en proie à des fantasmes sadomasochistes. Eminent professeur de piano vivant aux côtés d’une mère intrusive et possessive, Erika ne trouve un fugace plaisir que dans le voyeurisme et les cinémas pornos. Lorsque le séduisant Walter intègre sa classe, une liaison malsaine et violente va naître entre eux. Le sexe revêt ici un costume bien sombre. Désir et dégoût s’entremêlent pour laisser place au cloaque des désirs les plus abjects. Le traitement très clinique de l’image se heurte violemment à la crasse des pires fantasmes humains.

 

 

Sexe et liberté

Les Valseuses, Bertrand Blier, 1974. Interdit aux moins de 18 ans à sa sortie en France.

Comme écho aux événements de Mai 68, Blier fait souffler un vent de liberté et de sexualité débridée sur le cinéma. Dewaere tète la poitrine d’une femme mariée dans un train, Miou-Miou fait du stop topless, Isabelle Huppert est dépucelée sur le gazon, et Depardieu s’exclame : « On n’est pas bien là, paisibles, à la fraîche, décontractés du gland, et on bandera quand on aura envie de bander ! » Drolatique, anarchiste, vivant.

Romance, Catherine Breillat, 1999. Interdit aux moins de 16 ans à sa sortie en France.

Dans ce film choc, Breillat explore les composants du désir sexuel féminin. Délaissée par son fiancé, Marie refuse la frustration et part à la découverte des limites de sa sexualité. Caroline Ducey ose un rôle complexe et audacieux. Outre les scènes sadomasochistes avec François Berléand, Breillat fait appel à l’étalon Rocco Siffredi dont le jeu se révèle étonnement habile. Il n’en fallait pas moins pour faire de ce film l’un des plus sulfureux du cinéma français.

 

 

Sexe et passion

L’Empire des sens, Nagisa Oshima, 1976. Censuré au Japon.

Le titre original Ai no corrida, en français La Corrida de l’amour, éclaire plus justement les ambitions de ce film sulfureux. Sada, ancienne prostituée engagée comme domestique dans une riche maison, attire l’œil de son maître Kichizo pourtant marié. Ivres de désir, les deux amants s’entraînent mutuellement dans un tourbillon érotique de plus en plus passionné. Le sexe prend ici une dimension viscérale. L’union des corps devient le sens même de la vie des deux protagonistes, l’élément régissant leur existence. Inspiré d’un fait divers, le film horrifia le Japon très puritain des années 1970 et fut immédiatement censuré. Outre les parties génitales filmées en plans rapprochés, certaines scènes ne sont pas simulées, notamment la fellation pratiquée par Eiko Matsuda à Tatsuya Fuji.

Lolita, Stanley Kubrick, 1962. Plusieurs scènes coupées au montage.

Inspirée du chef-d’œuvre de Nabokov, l’adaptation de Kubrick fut nettement édulcorée pour échapper à la censure. Sue Lyon interprétant Lolita avait 14 ans pendant le tournage, plus âgée donc que la nymphette du roman seulement âgée de 12 ans. Son physique de jeune femme plus que d’enfant contribue très largement à l’atténuation du scandale.

Pourtant, des scènes apparemment « correctes », comme celle d’ouverture où une main d’homme vernit les ongles d’un pied enfantin, suffisent à faire immédiatement naître un parfum de péché.

 

 

 

 

Sexe et… néant

Si le sexe porté à l’écran crée presque immanquablement l’émulation, cela n’implique pas pour autant l’aspect subversif du film. Fréquemment, l’ajout de scènes sulfureuses voire obscènes s’opère à des fins plus que discutables.

Dans Baise-moi réalisé en 2000, Virginie Despentes et Coralie Trinh Thi font appel aux hardeuses Karen Lancaume et Raphaëla Anderson pour réaliser une sorte de road-movie porno ultra-violent. En résulte un salmigondis trash et écœurant pseudo-féministe. Les images laides ne portent rien si ce n’est un message simpliste du genre « Oh là là ! les femmes prennent le pouvoir ». Passionnant…
Gaspard Noé, après nous avoir secoués avec l’horrifique Carne, plonge dans le voyeurisme obscène avec Irréversible en 2002. Le film ne semble avoir été pensé que pour justifier l’insupportable scène de viol de 20 minutes. Sous couvert d’une fausse réflexion sur la vengeance et le couple, le film utilise sexe et violence pour faire grimper l’audimat. Nauséabond.

Idem pour Antichrist où Lars von Trier nous ennuie avec ses gros plans vomitifs sur des organes génitaux sectionnés et autres raffinements du même ordre. L’intelligence du scénario est polluée par ce sexe sordide qu’on nous balance stérilement à la figure. Le couple damné, coupable de la mort de son fils car trop occupé à baiser lorsque le petit est tombé par la fenêtre, va morfler par là où il a péché. C’est ce que Lars von Trier nous assène jusqu’à la fin. Merci, on avait compris.

Décors de Bordels Entre intimité et exubérance
Oh My Gode !
Elodie Rustant

3 thoughts on “Sexe et cinéma, vraies ou fausses subversions ?”

Commentaire(s)

  • Le regard pervers

    Festival de la censure
    Iran, la censure une institution parfaitement rodée et c’est plus particulièrement vrai pour l’art cinématographique :
    les cinéastes, qui ne sont pas soumis au régime des mollahs sont emprisonnés ou obligés de s’exiler.
    Jafar Panahi, l’un des plus célèbres, a été condamné à six ans de prison et 20 ans d’interdiction de travailler.
    Un Festival du film se tient en ce moment à Téhéran, de nombreux réalisateurs, les meilleurs d’entre-eux n’y participe pas
    Pour le personnage sur la photo à la botte du pouvoir avec pour caution à ses coté un iranien juif, explique que les réalisateurs qui s’en prennent au gouvernement sont des suppôts de l’Occident et des sionistes et seront poursuivis en Justice

    Suite à partir de la page :
    http://laicite.over-blog.com/article-le-regard-pervers-99244361.html

    février 14, 2012 at 15 h 47 min

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