Séries

Through The Wire

09 avril 2010 | PAR Gary Serverian

En cinq saisons le programme, sous-exposé en France, s’est imposé comme une référence aux États-Unis. Son message et son héritage dépassent le simple champ télévisuel.

Le 9 avril prochain Pierre Serisier tiendra au Forum des images une conférence autour de la série The Wire. Parmi d’autres elle sera à l’honneur du festival Séries Mania. Et pourtant, Sur Ecoute reste méconnue en France, et ce malgré sa diffusion sur la chaîne Canal Jimmy. ( Très ) Modeste fenêtre d’exposition pour ce « tv show » considéré comme une référence outre-Atlantique et produit par HBO. Mais grâce à internet la série a fait son trou en France. Un peu comme un rappeur qui se refuse à signer en maison de disque, ou un cador des « playgrounds » qui reste insensible aux sirènes de la NBA, à l’international The Wire a dû se contenter d’un succès d’estime mérité. Star de l’underground à l’étranger, et même pas prophète en son pays.

De toute façon la série ne peut pas plaire à tout le monde. Son calibrage exigeant (les épisodes durent une heure)  et sa forme rugueuse peuvent en décourager certains. Et ce d’autant plus que le panorama proposé par la série n’est pas très sexy. Baltimore, ses ghettos où l’on se déchire pour contrôler le marché du crack. Son port où des dockers désoeuvrés  survivent de petites magouilles… David Simon nous montre l’Amérique que l’on n’aime pas voir. L’Amérique des invisibles. Car si la toile de fond de la série sont les enquêtes de police menées par la crim’ locale, The Wire se situe à des années lumières des Experts. Et de toute évidence Baltimore n’a pas le clinquant que peuvent avoir Miami ou New York.

Si la forme est rugueuse, le fond est tout aussi difficile à digérer. De fait The Wire s’affirme comme l’antithèse des « séries fast-food ».  En cinq saisons David Simon nous présente sa ville dans ce qu’elle a de singulier et d’universel. Car les thèmes explorés dans la série sont des universaux. Précarité sociale, trafic de drogues, corruption, trahison… A la manière d’un diamantaire, Simon démonte pièce par pièce les organisations qu’il étudie ( quelles soient criminelle, administrative ou syndicale ) pour nous dévoiler l’envers du décors ses tractations et ses subtilités. L’individu est en fait un agent façonné par l’environnement dans lequel il évolue. Sa marge de manœuvre est limitée par la somme d’impératifs qui l’insère. Si David Simon met en scène les conséquences, il insiste sur les causes qui poussent par exemple un adolescent pré-pubère à vendre du crack simplement pour survivre. Ce point de vue exigeant et militant est au cœur de la démarche du créateur de The Wire.

Attention cependant, si Sur Ecoute est plus qu’une série, ça reste avant tout un objet télévisuel. Pendant cinq saisons, le téléspectateur est tenu en haleine par des histoires qui se suivent d’une année sur l’autre. The Wire c’est avant tout les péripéties du clan Barksdale. D’Avon et Stringer. Péripéties qui s’étalent sur trois saisons et se finissent à coups de couteaux dans le dos. Stringer Bell laissant les clés de la maison à Marlo Stanfield qui durant les saisons 4 et 5 étend son empire à peine contrarié par l’équipe du sergent Daniels. Policier consciencieux et travailleur, il met au point, accompagné par une équipe de fins limiers, un système d’écoutes téléphoniques pour démanteler les organisations criminelles qui sévissent à Baltimore. Qu’ils soient dockers ( saison 2 ), trafiquants de drogues ou mafieux, ils se méfient de la division commandée par Cedric Daniels. Ce jeu du chat et de la souris constitue la trame de la série. Trame à laquelle viennent s’ajouter une immersion dans un collège défavorisé de Baltimore et une autre au Baltimore Sun, le principal journal de la ville.

Si la série brille par la qualité de ses scénarios, ces derniers sont servis par la performance des acteurs. En ne « castant » que des acteurs inconnus David Simon a su créer des personnages cultes. Avec Omar, sorte de Robin des Bois au canon scié redouté, Stringer Bell ou encore Marlo Stanfield, dont l’immobilité lui donne des airs de Michael Corleone, en liberté, sortir sans son gilet par balle relève de l’inconscience. De Mc Nulty, à la famille Sobotka en passant par Avon, Bunk, Cuttie sans oublier le truculent Clay Davis, chaque saison a son personnage culte. Et chacun s’insère dans un décor que David Simon a voulu authentique. Quand Mc Nulty et Bunk s’asseyent sur le sofa entreposé sur la place centrale de la cité dans laquelle ils sont filmés, les deux « buddies » ont bien conscience que quelques heures plus tard les jeunes du quartier s’y installeront pour dévorer une barquette de nuggets. Et c’est peut être ces mêmes jeunes à qui ils renverront la réplique d’ici quelques épisodes. Car, comme il l’a fait pour « Snoop », David Simon n’hésite pas à faire tourner certains jeunes issus des « inner cities » de Baltimore. C’est sans doute ça l’ « esprit » The Wire.

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Gary Serverian

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