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Real Humans, une série bien huilée

Real Humans, une série bien huilée

12 septembre 2014 | PAR Fanny Bernardon

Venue tout droit de Suède, la série Real Humans (Akta Manniskor) connaît un fort succès en France. Alors que les deux premières saisons ont été diffusées sur Arte en 2013 et 2014, aujourd’hui, les fans réclament la suite. Retour sur une mécanique efficace et envoûtante.

 

Real Humans. Le titre à lui seul semble contenir une revendication. Il laisse à sous entendre qu’au coeur d’une société qui s’est accoutumée aux hubos, à leur présence et à leurs services, un groupe d’irréductibles humains résiste encore et toujours contre eux.

Pourquoi ? De la même façon qu’aujourd’hui certains sont inquiets face au progrès, à la technologie et au remplacement des capacités humaines par les fonctionnalités des machines, dans Real Humans, une poignée de résistants s’opposent violemment et farouchement aux hubos qui savent tout faire.

Dans la liste des options hubo-esques, on retrouve : le hubo nounou, le hubo coach, le hubo mère-parfaite, le hubo réceptionniste, le hubo archiviste, le hubo prostitué… Une large gamme, variée, prévue pour assouvir et satisfaire tous les besoins des hommes, ainsi que pour leur alléger les tâches ménagères et professionelles pénibles et ingrates.
Le hubo, a priori, est un couteau-suisse qui ressemble à un homme, qui s’habille comme un homme, qui écoute, qui répond et qui parle le langage de l’homme. Si son propriétaire n’a plus besoin de lui ou retrouve un regain d’autonomie, il peut l’éteindre ou le mettre en veille. Un hubo n’a jamais faim et il ne dort jamais. Passé un certain temps, un hubo vide sa batterie. Comme un smartphone, un ordinateur ou une voiture électrique, le hubo a besoin d’électricité pour se recharger, via un câble USB. Il est soumis au court-circuit ainsi qu’à la surchauffe ou encore aux malveillances virales qui circulent sur Internet. Le hubo est une base de données qui emmagasine savoirs et savoir-faire

C’est là qu’apparait la première ambivalence des hubos. Ils sont pratiques mais qu’advient-il alors de l’espèce humaine qui n’a eu de cesse de vouloir se dépasser toujours plus, si une machine peut tout faire à sa place ?

Qu’en est-il des enfants qui sont élevés par un hubo parce que leurs parents sont lourdement occupés par leurs vies professionnelles ? Les souvenirs et la construction des individus sont-ils les mêmes si l’histoire du soir a été lue par une machine ou si leurs premiers mots ne sont plus « maman » ou « papa » mais « hubo » ?
Que penser d’un grand chef cuisinier dont les moindres secrets peuvent être compris et réitérer à la chaîne par un hubo ?
Que vont devenir les rapports humains et affectifs si un hubo peut satisfaire les besoins physiques des hommes ?
Qu’advient-il d’un employé malade ? Attend-t-on son retour ? Ou le remplace-t-on définitivement par une machine dont la santé n’est jamais entravée ?

La première saison dresse le tableau des personnages que nous allons rencontrer et dont tous les chemins vont se croiser. Le scénario est habilement et ironiquement mené car il ne laisse rien ni personne au hasard et égraine, au fil des épisodes, un nombre de questions très pertinentes quant au monde dans lequel nous vivons. La galerie de personnages est un prétexte à ces interrogations.

Dans la saison 2, ce sont aussi les droits juridiques des hubos qui sont questionnés. Eux, à qui on impose le travail et qui sont là pour notre service, ne sont-ils que des machines ou la barrière de l’humanité est-elle franchie quand on leur laisse, par exemple, la responsabilité de l’éducation des enfants ? Dans ce cas alors, la série pose la question de leur légitimité en tant que citoyen, égal de tout être humain.

Si on veut, on ne peut voir dans Real Humans que de la science-fiction. Un genre qui s’amuse, en poussant la science à ses extrêmes, à imaginer ce que pourrait être l’avenir de l’homme. Si l’on cherche à répondre à cette définition, alors oui, Real Humans contient tous les ingrédients de la recette science-fiction.
Un décor de ville moderne, la société telle qu’on la connait et des métiers qui ont cours de nos jours. Une famille, les Engman, dont les deux parents travaillent ont deux enfants : Tobias et Matilda, deux adolescents en pleine croissance, aux préoccupations adolescentes.

Au destin de cette famille s’ajoute bien évidemment celui des hubos qui sont les héros de cette série d’un tout nouveau genre. Comme nous l’avons dit plus haut, il en existe de toutes les sortes, conçus pour faciliter et accompagner le quotidien des hommes.
Mais en réalité, nous apprenons aux premières minutes du tout premier épisode qu’il existe une autre famille de hubos : ceux de David Eischer. Ce scientifique et homme d’affaires voit dans l’apparition et l’existence des hubos l’occasion d’ouvrir un laboratoire dans lequel il se livre à des expériences on ne peut plus inédites. Ses hubos ont en effet, quelque chose de très humain, une autonomie proche du libre arbitre, une capacité à prendre des décisions qui les rapproche étonnament des hommes. Leur quête d’indépendance fait d’eux des hubos résolument peu dociles aux lois et aux mœurs de la société des hommes. En se servant de leur intelligence robotique et mécanique, ils savent devancer, tromper et prendre les hommes à leurs propres pièges.

Vous l’aurez compris, cette poignée de hubos à qui David Eisher a offert une vie sont farouchement décidés à exister et à délivrer leurs congénères de la servilité à laquelle les hommes les ont soumise. Cette parabole de la révolution semble indiquer qu’à tout cœur vaillant, rien d’impossible. Oui mais voilà, les hubos n’ont ni cœur ni sang qui coule dans leurs veines. Rien d’autre qu’une substance bleue qui semble leur être « vitale ». Voilà une autre des interrogations posées par Real Humans , la machine. Pensée et conçue par l’homme, jusqu’à quel point celle-ci lui ressemble-t-elle et, est-il possible qu’un jour l’homme soit dépassé par elle ?

Un scénario digne des grands romans de sciences fiction qui pré-figure ce que le progrès et les avancées technologiques peuvent entraîner de conséquences et de bouleversements dans une société. Real Humans doit faire réfléchir les hommes sur les erreurs qu’ils ont commises, sur celles qu’ils commettent encore et enfin sur celles qu’ils peuvent éviter.

Lars Lundström, le créateur de la série, s’élève au niveau d’Ira Levin (Un Bonheur insoutenable) ou encore de John Varley (Millennium). Capable chacun, dans l’ère de leur temps, de soumettre une réflexion à leurs semblables sur ce qu’ils sont en train de faire du monde.

Rajoutons néanmoins que le père de Real Humans ne s’est pas borné dans un genre purement science-fictionnel, en effet,il a su y rajouter du thriller, du psychologique et du social. Pour les téléspectateurs qui seraient peu sensibles à la science-fiction, qu’ils se rassurent, ils ne verront ni sabre laser ni course de vaisseaux à travers la galaxie. Akta Manniskor est une formule absolument moderne et inédite qui n’oublie pas d’avoir de l’humour .

Diffusée en janvier 2012, en Suède dont c’est le pays d’origine, Real Humans (Akta Manniskor), atterrit sur la chaîne Arte en avril 2013 pour sa première saison puis en juin 2014 pour la seconde. Alors que son succès n’est pas entier en Suède, Real Humans est une véritable révélation en France. Rassemblant en moyenne 1,3 million de téléspectateurs et désormais vendue en DVD, la série fait actuellement trépigner ses fans d’impatience. En effet, la troisième saison n’est pas encore programmée en Suède en raison des résultats d’audiences insuffisamment satisfaisants. Pour autant, Lars Lundström recommande de s’armer de patience et assure qu’il a de « l’espoir » quant à la réalisation de la suite de Real Humans. Une affaire à suivre !

 

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Fanny Bernardon

3 thoughts on “Real Humans, une série bien huilée”

Commentaire(s)

  • Kent1

    Cette série est très riche, elle gagne à être connue ! Unique en son genre ! Tout fan de série qui se respecte devrait la tester. Espérons une saison 3

    septembre 28, 2014 at 22 h 34 min
  • seb

    Hélas, cette formidable série risque donc de ne aps avoir de saison 3; la faute à l’audience baissante qui est dû au fait que cette série est tellement riche de réflexions, discussions, etc… que malheureusement le téléspectateur ne se rend pas compte de la portée de cett »e série qui pré-figure très probablement l’avenir de l’évolution humaine.
    Les gens ne sont plus habitués à « reflechir » et dès que les sujets deviennent « profonds », ils passent à autre chose.
    Le premier abord attire par la nouveauté, mais après coup, les gens ne veulent pas « se prendre la

    octobre 13, 2014 at 18 h 19 min
  • seb

    je voulais dire « se prendre la tête ». Donc c’est pour cela à mon avis qu’une excellente série comme celle-ci risque de ne pas avoir de saison 3.

    octobre 13, 2014 at 18 h 20 min

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