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[Live-Report]: Maxim Vengerov et l’Orchestre de Paris : la force tranquille

[Live-Report]: Maxim Vengerov et l’Orchestre de Paris : la force tranquille

12 septembre 2014 | PAR Victorine de Oliveira

Pour sa rentrée, l’Orchestre de Paris invitait les 10 et 11 septembre le violoniste israélo-russe Maxim Vengerov. Compte-rendu.   

Maxim Vengerov a l’aura des ressuscités. Preuve en est l’ovation qui ponctue le dernier accord du Concerto pour violon de Brahms, donné mercredi et jeudi soir salle Pleyel. C’est que l’homme, violonistiquement parlant, revient de loin. Suite à une blessure en 2007, Vengerov doit abandonner cordes et archet, subir une opération de l’épaule, et réapprendre la maîtrise d’un instrument auquel son destin semblait pourtant inexorablement lié. Lui qui vient d’une famille de musiciens, donne son premier récital à cinq ans, remporte le Concours Wienawski à dix, et enchaîne les collaborations prestigieuses depuis, se voit forcé à une parenthèse sans gammes de quatre années. S’il ne perd pas son temps, puisqu’il donne alors avec brio dans la direction d’orchestre, inutile de dire combien son retour au violon est attendu. C’est chose faite en 2011 avec un concert à Bruxelles, puis un enregistrement paru en 2012 avec le pianiste Itamar Golan, réalisé au Wigmore Hall de Londres.

Cela posé, on pourrait imaginer chacun de ses concerts enrobés d’un parfum de fleur rare et fragile. Eh bien non. Vengerov tient plutôt du roc placide, avec sa main gauche impeccable de précision et sa main droite à la souplesse enfin libérée. Le vibrato est parfois un poil trop ample, mais le son, projeté et brillant sans jamais forcer, dédramatise des accords plaqués par d’autres à l’arrachée. Il s’élance tranquillement dans l’épique premier mouvement (un Allegro ma non troppo d’une vingtaine de minutes quand même !), optant pour un tempo assez lent, à la limite de l’application. Quant à la redoutable cadence de fin, Vengerov s’y coule adroitement, très à l’aise dans les traits et autres fusées, ne laissant aucun doute sur sa virtuosité technique. Le troisième mouvement oscille de même entre placidité et assurance, sans se départir de certains flottements rythmiques. Mais c’est dans l’Adagio que le jeu de Vengerov devient le plus intéressant. Quand son calme étonne presque par ailleurs, il fait ici merveille. Sans pathos, il joue les notes du thème principal de façon très égale, anticipant même chacune d’elle très légèrement. Le chant avance tout en se déployant majestueusement, c’est bouleversant.

Vengerov soliste a donc très certainement encore de beaux jours devant lui. Seul bémol : lui et l’orchestre, sous la baguette de Paavo Järvi,  passent leur temps à se chercher sans jamais se trouver. Les différents pupitres esquissent de belles couleurs, mais sans percer le mur qui semble entourer Vengerov. Brahms a beau avoir écrit ce concerto comme un combat entre violon solo et orchestre, il n’en demeure pas moins qu’il s’agit de jouer ensemble…

En deuxième partie de concert, l’Orchestre de Paris retrouve du poil de la bête avec une Symphonie n°3 d’Albert Roussel et une Valse de Maurice Ravel franchement réussies. Paavo Järvi en accentue le côté très ludique, rythmique, mesuré et bien réglé, un choix qui sied à un orchestre qui connaît par cœur ces œuvres à son répertoire depuis plus de quarante ans. Les cordes brillantes contrastent avec des cuivres rugueux et des bois malicieux, c’est un peu la fête des registres et des couleurs, c’est souriant, et c’est tant mieux !

Cette rentrée, la dernière pour l’Orchestre de Paris Salle Pleyel, n’est finalement qu’un prélude à la grande première qui aura lieu à la nouvelle Philharmonie en janvier 2015. On attend avec impatience de l’y entendre dans toute sa dimension sonore, loin des effets de saturation et de déséquilibres acoustiques malheureusement bien présents à Pleyel…

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Victorine de Oliveira

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