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Downton Abbey rend ses lettres de noblesse aux séries britanniques

Downton Abbey rend ses lettres de noblesse aux séries britanniques

16 septembre 2014 | PAR Fanny Bernardon

La société de production outre-Manche Carnival Films (Hercule Poirot et plus récemment Whitechapel) investit en 2010 dans Downton Abbey. Julian Fellowes, son créateur, ne cesse de se réjouir de la montée en flèche d’une série qui, au départ, ne devait compter que sur trois saisons. 

Lorsque Julian Fellowes se livre sur les ingrédients d’une recette qui fonctionne, il explique tout d’abord son envie de raconter une poignée d’histoires qui recouperaient la grande. Pour cela, il avoue que le casting est « crucial ». En effet, la très longue liste de personnages qui pourrait rebuter un téléspectateur craintif de tomber dans la confusion, est en réalité essentielle et brillante. Tous autant qu’ils sont, membres de la famille Crawley et domestiques, représentent des éléments utiles au fonctionnement de cette « grande maison » et de cette fourmillante série.

Après des séries, étiquetées « science-fiction », telles que Heroes, Fringe, Real Humans ou encore Under the Dome (adapté d’un roman de Stephen King), qui conduisaient leurs téléspectateurs vers le futur, Downton Abbey ne rougit pas de se tourner vers le passé.

L’histoire de la famille Crawley commence au petit matin du 15 avril 1912, quelques heures après le naufrage du Titanic. Sur le paquebot qualifié d’insubmersible, voyageaient les deux héritiers de Hugh Bonneville (Lord Grantham, père de la famille Crawley; aperçu dernièrement dans les Monuments men de George Clooney). Comme beaucoup d’autres, ils périrent tous deux dans les eaux froides de l’Océan Atlantique. Cet événement plonge alors les Crawley dans une situation délicate. En effet, la tradition aristocratique anglaise interdit aux filles d’hériter et de récupérer le titre de leur paternel, pérennisant ainsi la lignée. Mary Crawley, l’aînée des trois filles du comte et de la comtesse, n’est pas du genre docile. Jeune femme dotée d’un franc caractère, elle n’est que très peu encline à se plier à ce qu’on attend d’elle. Ses soeurs, Edith et Sybil, apparaissent d’abord plus timides et effacées. Rapidement, elles révéleront leurs natures : jalouse et secrète pour l’une, douce et tolérante pour l’autre. Leur mère, Lady Grantham ( Elizabeth McGovern, Il était une fois l’Amérique) veille d’un oeil calme et amusé sur un mari aimant et trois enfants qui deviennent des femmes. Impossible d’oublier l’excellente Maggie Smith (Minerva McGonagall dans Harry Potter ou la Mère Supérieure dans Sister Act). Matriarche de Downton, elle pose un regard craintif, un brin méprisant et pince-sans-rire sur tout ce qui ne lui est pas familier ou qui participe de la modernité : l’électricité, le téléphone, le gramophone, ou encore l’existence des « week-end », notion totalement étrangère et incompréhensible pour elle.

La série nous replonge en effet dans le paysage social d’avant première guerre mondiale, à l’ère des extraordinaires avancées technologiques de l’âge industriel. Downton Abbey, tout comme le fait Jane Austen au siècle précédent, nous invite au coeur d’une aristocratie britannique attachée autant à la couronne qu’à ses moeurs ancestrales. Tout comme savait le faire cette jeune auteur anglaise, Downton Abbey s’amuse des règles, fonctionnements, hiérarchies et protocoles qui alourdissent bien souvent ceux qui y sont soumis.

L’humour irrésistible et « so british » de Downton Abbey est également porté par les domestiques qui gravitent « downstairs » entre les cuisines, les couloirs, les entrebâillements de portes, les escaliers et de façon, toujours rapides et infiniment respectueuses dans les salons, chambres et bibliothèques où vit la famille qui les emploie.

Charles Carson (Jim Carter), le majordome en chef dirige son équipe d’une main de maître. Intransigeant, respectant le protocole à la lettre, fidèlement et affectueusement relié à la famille Crawley depuis des années, il veille à ce que les services des autres domestiques soient d’une irréprochable qualité. Sous ses ordres, sévères mais justes, parfois secs mais toujours bienveillants, évoluent notamment Miss Hughes, gouvernante en chef et reine des clefs de la maison. O’Brien, femme de chambre manipulatrice de Lady Grantham. Anna Smith, l’intègre femme de chambre de Mary Crawley. Thomas Barrow, valet de pied peu sympathique. Mr Bates (Brendan Coyle) , valet de chambre et ancien compagnon de guerre de Lord Grantham ou encore Miss Patmore, cuisinière en chef, à la patience toute relative et au sens de l’humour désopilant qui arrive toujours à point nommé !

Cette galerie de visages et de personnalités tissent, épisode après épisode, une histoire à laquelle on s’attache bien rapidement; désireux de savoir qui Mary épousera, qui sera l’héritier du domaine de Downton Abbey, comment la famille vivra la vague de modernité qu’amène avec lui le tout jeune XXème siècle, comment elle traversera le réveil social et politique des classes moyennes et ouvrières avant l’entrée en guerre de la Grande-Bretagne. Downton Abbey sait entretenir son suspense, son intérêt, son récit historique, renouveler sa distribution toujours excellente et inattendue et susciter chez ceux qui la suivent, rires et sourires à la pelle.

En terme de réalisation, Downton Abbey réalise également une prouesse en offrant un visuel très plaisant, en tableaux, en travelling énergiques et en plans larges toujours judicieusement composés. Ce retour dans le passé n’a rien de rétrograde, car si la caméra explore des temps désormais révolus, la vitalité des personnages et des scenarii, portés notamment par une bande-son très rafraîchissante, reste toujours très surprenante, gourmande et addictive.

Après avoir séduit le Royaume-Uni, les Etats-Unis, la France et une partie de l’Europe, Downton Abbey revient dès l’automne avec une cinquième saison qui recevra notamment, en guest star, le so nespresso George Clooney. Une séduisante raison supplémentaire pour vous mettre vous aussi à Downton Abbey !

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One thought on “Downton Abbey rend ses lettres de noblesse aux séries britanniques”

Commentaire(s)

  • Karakurt

    Chers dirigeants,

    Faites au mieux, pour que nous retrouvions, cette serie sur nos ecrans.
    Il est vrai que en francais, c etait mieux.

    Merci d avance.

    septembre 18, 2014 at 21 h 33 min

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