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Rien à déclarer: le nouveau Dany Boon mérite-t-il tant de haine?

Rien à déclarer: le nouveau Dany Boon mérite-t-il tant de haine?

02 février 2011 | PAR Gilles Herail

Propulsé aujourd’hui en salles comme un blockbuster, Rien à déclarer a peu d’arguments pour convaincre du bien fondé de sa sur-exposition. La critique d’une comédie poussive, épisodiquement drôle mais jamais enthousiasmante.

On a déjà tout dit sur les Chtis et leur « phénomène ». On oublie parfois l’incroyable succès du film à l’étranger qui révélait l’universalité de sa mécanique d’opposition régionale, le sud italien ou le centre espagnol pouvant se substituer au nord industriel français. Au regard de son affichage et de sa bande-annonce, Rien à déclarer sentait bon la reprise d’un filon efficace, décalant en Belgique sa thématique d’affrontement identitaire.

La vision de Rien à déclarer confirme cette mauvaise impression. On y retrouve ainsi des scènes plagiant des moments entiers de Bienvenue chez les chtis. Les ressorts comiques sont les mêmes:  le jeu sur les accents, les préjugés, l’incompréhension entre les deux héros… Dany Boon n’arrive pas à maintenir le rythme d’un long-métrage qui repose exclusivement sur des acteurs en roue libre qui arrachent quelques sourires au milieu d’un one man show bruyant de Benoit Poelvoorde, pourtant mille fois plus drôle et en toute sobriété dans Les émotifs anonymes.

Si la mise en scène s’est affirmée, l’écriture est toujours le point faible de Dany Boon auteur/réalisateur qui insère une histoire d’amour pas crédible une seconde à l’origine de scènes d’une niaiserie gênante. Si l’on sauve bien sur quelques bons gags, une parodie de Taxi amusante et des moments de complicité entre le duo phare, les presque deux heures du film paraissent bien longues. On est ainsi déçu que Dany Boon n’ait pas osé changer de cap pour faire oublier les Chtis.

Il peut paraître mesquin de tirer sur l’ambulance d’un film majoritairement assassiné par la critique.  On se dit cependant que 1035 salles en France (1/5 du parc) et 22 millions d’euros de budget n’étaient pas nécessaires pour une comédie poussive pas forcément désagréable mais dont les aspects sentimentalistes et moralisateurs gâchent le plaisir. Difficile d’en vouloir à Dany Boon sur qui le succès est tombé de manière totalement inattendue au cours d’une carrière de cinéaste encore bien jeune.

On espère que Rien à déclarer n’atteindra pas ces sommets au box-office pour permettre à ce réalisateur au demeurant sympathique de poursuivre son chemin plus sereinement, plus librement, en se dégageant des attentes placées en lui. Rien à déclarer souffre du syndrome de l’embourgeoisement: plus de seconds rôles, plus d’action, plus de répliques, plus de cris, plus de grimaces, plus de morale… et un peu moins de sympathie.On espère que Dany Boon saura revenir aux petites comédies douces amères pour lesquelles il semble plus à l’aise, en s’éloignant des schémas usés qu’il a trop utilisés.

Gilles Hérail

 

Rien à déclarer, une comédie française de Dany Boon avec Dany Boon, Benoit Poelvoorde, Karine Viard et François Damiens, sortie en France le 2 février 2011, 1H50.

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