Cinema
Reprise : Voyage à deux, le plus beau film de Stanley Donen

Reprise : Voyage à deux, le plus beau film de Stanley Donen

20 décembre 2011 | PAR Olivia Leboyer

Voyage à deux ressort en salles cette semaine : un film éblouissant, fort, d’une tristesse tenace, sur l’amour et le désamour. Un chef-d’œuvre ! En salles le 21 décembre.

Dans Voyage à deux, on suit l’itinéraire d’un couple, Mark (Albert Finney) et Joanna (Audrey Hepburn), sur douze ans et sur une même route symbolique qui relie Londres au Midi de la France. De l’euphorie des débuts d’une jolie romance à la gêne agacée de deux étrangers contraints de cohabiter, nous revivons avec eux, dans le désordre, quelques moments marquants de leur histoire.
La beauté du film est renforcée par cette structure éclatée, les scènes du passé et du présent se répondant au gré des souvenirs et des libres associations d’idées. Le spectateur est saisi par les basculements brusques d’une tonalité à l’autre. On voit Mark et Joanna fous amoureux, riant comme deux collégiens farceurs. L’instant d’après, figés dans l’énervement et l’ennui, ils ne parviennent même plus à se regarder dans les yeux.
Cette chronique du démariage frappe par sa mélancolie, son romantisme à rebours. Ils se sont tant aimés, mais… Le temps, la répétition, que sais-je encore, ont séparé irrémédiablement deux belles personnes qui en arriveraient presque à se demander si le joli hasard de la première rencontre était si beau que cela, en définitive ?
Albert Finney, vivant, exubérant et agaçant et Audrey Hepburn, belle et très différente de l’habitude (elle passe de la jeune fille pure et enjouée à la femme sophistiquée, lasse avec une grâce exceptionnelle) sont ce couple-témoin, aussi crédible ici que des Robert Redford et Barbra Streisand dans Nos plus belles années. Précisément, ici, la narration kaléidoscopique rend plus forte la tristesse qui imprègne le film. Au début, on connaît déjà la fin. La même route, les mêmes paysages : le souvenir du passé vient alourdir encore davantage l’atmosphère irrespirable de la petite voiture. On croit à leur histoire, on croit à leur désamour, à leurs efforts pour redonner sens à ces souvenirs qui font plus de mal que de bien, à leurs disputes-réflexes désormais difficiles à éviter.
Un très beau film, qui laisse vraiment songeur : peut-on encore partager des souvenirs amoureux, lorsqu’ils ont perdu leur sens ?

Voyage à deux (Two for the road), de Stanley Donen, Etats-Unis, 1967, 1h51, avec Audrey Hepburn, Albert Finney. En salles le 21 décembre.

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Olivia Leboyer
Docteure en sciences-politiques, titulaire d’un DEA de littérature à la Sorbonne  et enseignante à sciences-po Paris, Olivia écrit principalement sur le cinéma et sur la gastronomie. Elle est l'auteure de "Élite et libéralisme", paru en 2012 chez CNRS éditions.

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