Cinema

Reprise au Grand Action : Du silence et des ombres, la formidable figure du père

03 août 2010 | PAR Olivia Leboyer

Assez peu connu en France, le film est culte aux Etats-Unis. Il s’agit de l’adaptation du roman d’Harper Lee, Ne tirez pas sur l’oiseau moqueur, deux ans après sa parution. D’une certaine manière, le film a véritablement accompagné le roman, lui assurant un retentissement encore plus grand. Pour de nombreux Américains, le personnage d’Atticus Finch, joué par Gregory Peck (qui a reçu l’Oscar pour ce rôle), représente même le héros par excellence.

Depuis la mort de sa femme quatre ans auparavant, Atticus, avocat dans une petite bourgade, élève seul ses deux enfants, Jem (10 ans) et sa sœur Scout (6 ans), qui voudrait bien être un vrai garçon comme son frère. Très dégourdis, un peu sauvageons, ils passent leur temps à fureter dans le voisinage, observant avec un mélange de curiosité et de terreur la maison de Boo Radley (première apparition à l’écran de Robert Duvall, dans un rôle court mais très marquant), reclus chez lui et que l’on dit fou et dangereux. Jem et Scout, petits aventuriers en salopette, jouent à se faire peur, brodant mille fables autour du mystérieux Boo. Leur imagination est stimulée par la présence d’un petit camarade de jeu, Dill (7 ans), qui passe les grandes vacances chez sa tante. Les trois enfants rivalisent de rodomontades, organisant des expéditions bravaches en territoire hostile, où quelques ombres projetées sur un mur suffisent à les terroriser !

Atticus ne souhaite pas se comporter en père sur-protecteur ou moralisateur, préférant faire confiance au bon sens de ses enfants. Présent autant que possible, il leur parle comme à des adultes, comme à des amis, évoquant librement avec eux des questions comme la pauvreté des paysans du coin, leur propre gêne financière ou le racisme ambiant. Précisément, il vient d’accepter de défendre un Noir, Tom Robinson, accusé du viol d’une jeune fille blanche. « Pourquoi fais-tu ça ? » lui demande frontalement Scout, qui doit affronter des réflexions racistes à l’école. « Pour plusieurs raisons : Parce que, si je ne le faisais pas, je ne pourrais plus marcher la tête haute, et parce que je le crois innocent », répond Atticus. Les enfants assistent, fascinés, à toutes les phases du procès, de la préparation du dossier jusqu’aux plaidoiries du tribunal, persuadés que, puisque Tom Robinson est innocent et que leur père parle si bien, l’acquittement sera prononcé.

Intelligents, débrouillards, Scout et Jem découvrent cependant qu’il est souvent difficile de comprendre les hommes et qu’il n’est pas évident de discerner avec certitude le vrai du faux, ou le bien du mal. « Comment connaît-on vraiment quelqu’un ? » demande la petite Scout à son père. « Il faut essayer de voir les choses de son point de vue, de se mettre à sa place, de marcher dans ses chaussures », explique-t-il calmement. Il faut essayer, même si l’être humain possède une opacité tout à fait déconcertante, même si l’on ne sait pas qui est en réalité son voisin. Sait-on seulement qui est son père ? (Est-il un héros ? Un simple adulte ? Un être humain, faillible et fragile ?) La scène où les deux enfants découvrent qu’Atticus, si sage, si adulte, a été, un jour, la plus fine gâchette de la région, est très belle. Sous leurs yeux mi-horrifiés mi-admiratifs, Atticus abat froidement un chien enragé. Rien de très grave, mais les enfants ne l’avaient jamais vu sous ce jour-là.
De même, lorsqu’ils le voient plaider, lorsqu’ils le voient ensuite assumer les conséquences du procès, leur regard est empli d’étonnement. A chaque fois, c’est un autre Atticus, toujours plus complexe, qu’ils apprennent à connaître.
Magnifique film d’apprentissage, Du silence et des ombres se déroulent tout entiers à travers le regard de Scout (la petite Mary Badham est extraordinaire d’effronterie et de charme), éveillé ,ouvert sur le monde, et qui demeure frappé devant certaines énigmes.
La scène finale rappelle d’ailleurs un peu La nuit du chasseur de Charles Laughton (1955).


Du silence et des ombres – Trailer
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Du silence et des ombres (To Kill a Mockingbird, d’après le roman de Harper Lee), de Robert Mulligan, 1962, avec Gregory Peck, Mary Badham, Phillip Alford, Robert Duvall, USA, 129 min.

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Olivia Leboyer
Docteure en sciences-politiques, titulaire d’un DEA de littérature à la Sorbonne  et enseignante à sciences-po Paris, Olivia écrit principalement sur le cinéma et sur la gastronomie. Elle est l'auteure de "Élite et libéralisme", paru en 2012 chez CNRS éditions.

One thought on “Reprise au Grand Action : Du silence et des ombres, la formidable figure du père”

Commentaire(s)

  • Margot Boutges

    Sans doute l’un des trois plus beaux films que j’ai pu découvrir au festival international du film de La Rochelle. Ce film donne encore plus de force au propos du livre culte To kill a mockingbird qui m’avait un peu déçue. Il manquait un petit quelque chose que le film apporte incontestablement. Et bien obligée de le reconnaitre maintenant : Gregory Peck (plat chez Hitchcock) )est un grand acteur !

    août 4, 2010 at 9 h 43 min

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