Cinema

Reality, le film de Matteo Garrone sur la folie de la téléréalité tombe à plat

Reality, le film de Matteo Garrone sur la folie de la téléréalité tombe à plat

18 mai 2012 | PAR Yaël Hirsch

Admiré pour « Gomorrah » (2008), Matteo Garrone reste avec « Reality » dans la jolie ville de Naples, mais il se détourne de la mafia pour filmer la vie d’un bon père de famille que la possibilité de passer dans une émission de téléréalité rend fou. Malgré la performance de l’excellent comédien Anello Arena et une image hyperréaliste, le film est tombé à plat, lors de la projection de presse cannoise, et l’on a même pu entendre quelques légers sifflements… Le film sort en France le 22 août prochain.

Luciano (Anello Arena) est un père de famille aimant et droit, qui choie ses trois enfants et sa jolie femme Maria (Loredana Simoli). Avec la grand-mère, quelques tantes et une nièce un peu épaisse, ils forment une tribu au cœur de Naples, qui vit du magasin de poissons de Luciano et d’une petite arnaque avec des robots ménagers que vend Maria. Une vie normale, donc, et des personnages ni affreux, ni sales, ni même tout à fait méchants, des sorties à la piscine et au supermarché, et bien sûr, l’Eglise, le dimanche.  Jusqu’au jour où les filles de Luciano le poussent à tenter le casting d’ « Il Fratello », la version italienne du « Loft », où un quadragénaire n’a a priori rien à faire. Appelé à Rome pour faire un deuxième casting (dans les studios de Cineccità !) ; Luciano croit dès lors qu’il va faire l’émission. Il vend la poissonnerie et se met à guetter les signes de son élection.

Traitant d’un sujet pas très nouveau depuis le « Truman Show » (1998), dans une esthétique hyperréaliste tellement attendue qu’elle en est étouffante, Matteo Garrone fait un film de deux heures absolument sans aucun rythme. Le spectateur ne ressent rien de ce qui est promis. Le cinéaste italien hésite entre deux messages contradictoires : d’un côté, il se place dans le post-moderne pour dénoncer les hypermarchés et la superficialité de l’intérêt pour l’image ; d’un autre côté, en filmant sa tribu napolitaine à la Dino Risi, en allant chercher l’acteur Anello Arena pour tout le potentiel virilement ringard et traditionnellement volubile qu’il dégage, il semble montrer que de tout temps, l’homme a voulu avoir son quart d’heure de gloire. Le rapprochement avec la Sainte Eglise Romaine et Catholique et ses impératifs de charité empèsent encore ce message trop évident : l’élection est le souhait le plus cher de l’homme depuis les fondations de nos civilisations. Pas besoin de voir en couleurs flashs et en plans grandiloquents un homme tomber dans une paranoïa interminable pour faire ce constat. Sur le sujet de la téléréalité, Alex de la Iglesia est beaucoup plus fin et surtout un maestro du rythme avec « La chispa de la vida » qu’on a pu voir à la Berlinale 2012 (voir notre critique).

 

Matteo Garrone, « Reality » (Il Grande Fratello), avec Anello Arena, Loredana Simoli, Nando Paone, Nunzia Schiano, Italie, 2012, 1h55. En compétition.

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Yaël Hirsch
Co-responsable de la rédaction, Yaël est journaliste (carte de presse n° 116976), docteure en sciences-politiques, chargée de cours à Sciences-Po Paris dont elle est diplômée et titulaire d’un DEA en littérature comparée à la Sorbonne. Elle écrit dans toutes les rubriques, avec un fort accent sur les livres et les expositions. Contact : [email protected]

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