Cinema

Querelle de Fassbinder à nouveau sur grand écran

21 octobre 2009 | PAR Yaël Hirsch

Le dernier film du réalisateur allemand est une adaptation impossible et néanmoins réussie du roman de Jean Genet, « Querelle de Brest ». Les fans de queer, de Fassbinder,de littérature et d’images saturées se précipiteront pour revoir le torse sexy du marin christique Querelle.

« Each man kills the thing he loves » : des paroles signées Oscar Wilde, et une musique de Peer Raben, qu’interprète Lysiane (Jeanne Moreau), la patronne en dentelle du bar louche de Brest : « la féria ». Son amant a un jumeau : Querelle. Ce dernier est marin et de passage à Brest. Lysiane se sent de trop dans leur relation qu’elle perçoit comme fusionnelle. Petite frappe, assassin et néanmoins figure christique, Querelle exerce un charme qui dévaste le capitaine de son bateau, attire le mari de Lysiane et cause la perte d’un ouvrier polonais de Brest, Gil.

Dans cette transposition érotique et mystique de la misère des prolétaires de l’ombre et semble-t-il autant inspiré par Brecht que par Genet, Fassbinder magnifie le désir homosexuel, jusqu’à dépasser en kitsch Liliana Cavani et Visconti lui-même. Il transpose au sexe les problématiques marxistes de l’aliénation et dépasse le conflit entre éros et thanatos par des images évangéliques qui sembleront à certains un pur délire sexuel, et à d’autres un chef d’œuvre sur la nature humaine. Saturant de couleurs orangées un Brest mythique et n’épargnant aucun détail cru de la violence des rapports humains, ainsi que de leur inanité, le réalisateur choque encore et encore. C’est plus par le texte – emprunté à Genet- que par ses images s’imbriquant en miroir que Fassbinder rend son « Querelle » intolérablement bestial. Et si le spectateur surmonte le léger haut-le cœur que des phrases à la fois candides et brutales comme « je retrousse les manches de mon pyjama pour me branler pour qu’elles ne me gênent pas ce simple geste fait de moi un homme », il se trouve plongé dans un univers fascinant où les pécheurs et les traîtres sont les vrais accoucheurs de la rédemption.
La copie rénovée de Querelle est ressorti en salles mercredi dernier.

« Querelle », de Rainer Werner Fassbinder, avec Brad Davis, Franco Nero, Jeanne Moreau, Laurent Malet, 1982, Allemagne, 108 minutes.

Espace Saint-Michel, 7, place Saint-Michel, Paris 5e, M° St Michel, 13h50, 18h, 20h, 22h.
Nouveau Latina, 20, rue du Temple, paris 4e, M° Hôtel de ville, 14h,16h, 18h, 20h, 22h.

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Yaël Hirsch
Co-responsable de la rédaction, Yaël est journaliste (carte de presse n° 116976), docteure en sciences-politiques, chargée de cours à Sciences-Po Paris dont elle est diplômée et titulaire d’un DEA en littérature comparée à la Sorbonne. Elle écrit dans toutes les rubriques, avec un fort accent sur les livres et les expositions. Contact : [email protected]

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