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Promised land, un Gus Van Sant écolo et efficace sur un scénario de Matt Damon

Promised land, un Gus Van Sant écolo et efficace sur un scénario de Matt Damon

09 février 2013 | PAR Olivia Leboyer

Matt Damon a écrit le scénario de Promised land, avec comme acolyte, non pas Ben Affleck, mais John Krasinski, autre protagoniste du film. Tout naturellement, il a confié la réalisation à son ami Gus Van Sant. Promised land est un film engagé, attachant et très bien mené.

Si Promised land est loin d’être le meilleur film de Gus Van Sant, c’est évidemment un film d’excellente facture, à la photographie parfaite et à l’intrigue au cordeau. Matt Damon y incarne Steven Butler, un dynamique représentant de la grande firme Global. Secondé par Sue (Frances McDormand, toujours géniale), il est envoyé dans une petite bourgade paumée pour convaincre le conseil municipal d’investir dans le gaz naturel. Tous deux doivent s’équiper en ploucs de la campagne, avec passage obligé dans le magasin de vêtements local. Très drôle, la scène est également grinçante.
Les habitants, étranglés par une situation économique désastreuse, n’ont en réalité guère le choix : l’argent manque, et la perspective d’un développement nouveau ne peut que séduire. Seulement, bien sûr, l’exploitation du gaz naturel n’est pas sans danger, comme le fait remarquer un vieil homme charismatique du coin, Frank Yates : s’il se présente comme un simple professeur de sciences naturelles, l’homme est en fait un éminent chercheur, à même de retourner contre Steven et ses ambitieux projets. Soudain, un jeune homme en tous points séduisant, qui dirige une ONG écolo et est muni de sérieuses preuves contre Global, débarque dans la petite ville pour proposer son aide à Frank Yates.
Très habilement construit, Promised land décline les différentes facettes des promesses, de la parole donnée. Qui parle le plus sincèrement ? Qui ment ? Qui va parvenir à convaincre les habitants et à quel prix ? De toutes les façons, l’avenir de la bourgade est bien mal engagé. Soit une mort lente, soit le risque d’une intoxication par les eaux et toutes sortes de maladies liées à la nouvelle industrie. Entre les deux, Matt Damon, dont le grand-père agriculteur a subi le même sort par le passé, n’hésite pas : mieux vaut accepter l’offre de Global, investir et quitter les lieux au plus vite. Mais, dans la vie, le plus important n’est-il pas d’avoir un endroit à soi, dont on se soucie pour de vrai ? Les dialogues n’évitent pas un certain moralisme bon teint, l’image est magnifique et l’on suit avec plaisir le cheminement de ce Steven Butler, qui se soucie des autres bien plus qu’il ne l’imaginait. L’histoire d’amour, greffée sur le thriller écolo, est peut-être légèrement too much, mais le scénario demeure efficace.

La première scène du film nous montre le visage de Matt Damon, qui se reflète dans l’eau mouvante d’un lavabo. L’homme s’observe avec une certaine fatigue, conscient du poids qu’il porte. La même scène reviendra ponctuer le film, lorsque le questionnement intime de ce Steven Butler devient soudain plus pressant.
Gus Van Sant réussit ici un film grand public, rythmé, intelligent, tout en filmant la minuscule bourgade perdue à la hauteur d’un beau western.

Promised land, de Gus van Sant, Etats-Unis, 106 minutes, avec Matt Damon, John Krasinski, Frances McDormand, Rosemarie DeWitt, Hal Holbrook. Sélection officielle, en compétition.

(c) Scott Green.

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Olivia Leboyer
Docteure en sciences-politiques, titulaire d’un DEA de littérature à la Sorbonne  et enseignante à sciences-po Paris, Olivia écrit principalement sur le cinéma et sur la gastronomie. Elle est l'auteure de "Élite et libéralisme", paru en 2012 chez CNRS éditions.

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