Cinema

Nanarland.com ou la caverne d’Ali Nanar

22 janvier 2010 | PAR Mikaël Faujour

Le nanar est un peu l’angle mort, le parent pauvre du cinéma. C’est, en quelque sorte, au septième art, ce qu’est à la famille l’oncle rigolard aux blagues grasses dont on sourit poliment. Depuis quelques années, un site – qui ne cesse de s’étoffer – propose des chroniques désopilantes de ce fourre-tout divers et pléthorique. Nanarland est en quelque sorte une encyclopédie du cinéma raté, improbable et/ou délirant. LA référence pour nourrir des soirées hilares entre amis et remplir des seaux de larmes de rire.

Les cinéphiles et la critique faisant leur œuvre, l’histoire du cinéma – comme celle de tout art – ne fait place qu’aux plus grands. Si c’est justice pour le septième art, c’est peut-être hélas ! un pan entier de l’histoire du comique que l’on ampute en rejetant aux ténèbres ces métrages aussi délicieux qu’ils sont parfois invraisemblables.


Il importe de définir, même sommairement, ce qu’est le nanar, qui n’a rien à voir avec le navet. Là où ce dernier renvoie à des films ratés et ennuyeux, mais non dénués de professionnalisme, le nanar renvoie quant à lui à des films dont la nullité est telle qu’elle excède l’entendement, à un Radeau de la Méduse cinématographique tel qu’il ne peut provoquer que le rire et le sarcasme. Le navet se contente donc d’être nul, tandis que le nanar sauvage saute la barrière de la nullité pour gamberger dans les prés de l’invraisemblance. Forcément malgré lui, d’ailleurs, ce qui accroît d’autant son pouvoir comique.

Loués soient donc les illuminés qui ont eu l’idée de constituer une filmothèque du nanar, ne laissant rien de côté. Et tout y passe : du plus obscur film pakistanais, indonésien, hongkongais ou turc (tel l’incroyable Turkish Star Wars, remake de la saga de George Lucas, dans un style au souffle épique en carton et mousse) jusqu’au graveleux Max Pécas, en passant par l’incontournable Ed Wood (connu pour l’hommage que lui a rendu Tim Burton) ou toutes sortes de films d’aventure, de films d’horreur et de comédies.

Le style enjoué et plein de jubilation des chroniques (rédigées par d’authentiques cinéphiles) est la meilleure entrée en matière qui soit pour appréhender ce continent interdit du cinéma. Si tous, bien sûr, ne sont pas aussi hilarants, le puissant potentiel comique de certains se double d’un cachet de leçon de cinéma (certains nanars sont d’ailleurs, paraît-il, étudiés en école de cinéma pour montrer ce qu’il faut éviter). Ici, un scénario décousu, dont on se demande s’il n’a pas été imaginé à mesure qu’avançait le film ou écrit sous LSD. Là, des doublages désinvoltes et décalés qui enfoncent dans les profondeurs du ridicule un film déjà mal en point. Ailleurs, des dialogues dignes d’Ionesco, des raccords catastrophiques, des personnages qui ressuscitent comme dans les pires romans-feuilletons du XIXe siècle, des costumes du dernier grotesque, des acteurs qui feraient passer ceux des séries AB pour des Klaus Kinski. Et puis des « gueules », de vraies « gueules » en soi incroyables.

Le nanar enfin – et là est la promesse d’un régal sans cesse répété – est infiniment divers, qui embrasse tous les genres, toutes les périodes et toutes les sensibilités du cinéma. Film d’aventure, de science-fiction, d’horreur, comédie, action, polar, etc. Tout y a sa place. Le grand mérite du site Nanarland réside en ce qu’il est clair et ordonné, qu’on y peut aisément trouver le pire et le meilleur du pire. Ami lecteur, étouffé sous les contingences, corseté par la frénésie du travail et la tristesse des jours semblables, voici ton soma, mieux : ton remède naturel. Plus n’est besoin de chimie ou d’alcool : enivre-toi de nanars !

Texte : Le Paquet, de Philippe Claudel
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Mikaël Faujour

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