Cinema

Mostra de Venise ep. 9 : Brillante Mendoza & Wang Bing

07 septembre 2012 | PAR Raphael Clairefond

Petite journée en apparence (nous avons fait l’impasse sur le film de Robert Redford, seul grand nom au programme) mais cap sur l’Asie avec deux noms très réputés bien que peu connus du grand public : le philippin Brillante Mendoza qui présentait en compétition Thy Womb (alors que Captive, son film avec Isabelle Huppert, était à Cannes en mai !), et Wang Bing, documentariste chinois connu pour son chef d’oeuvre (…de 9h), A l’Ouest, des rails, de retour avec un « petit » film de 2H30 en milieu rural.

Le film du jour : Thy Womb de Brillante Mendoza

 

Thy Womb

Au rythme d’au moins un film par an depuis quelques années, Mendoza, se fait le chroniqueur au temps présent de son pays, enfonçant sa caméra dans les entrailles d’une société dont il expose la pauvreté, la violence, mais aussi les traditions, le tissu social, les codes, etc. Tournant toujours en petite équipe et dans l’urgence, il frappe par la crudité de son style nerveux et agité. Voilà pour les présentations.

Thy Womb est une étape de plus dans la trajectoire filante de cet homme pressé qui a su tirer le meilleur des caméras numériques. Plus doux et apaisé que Kinatay ou Captive, il n’en est pas moins brutal et fidèle à lui-même. Le film s’ouvre par une scène d’accouchement dans une petite baraque sur pilotis. La caméra balaie les visages, s’agite. Miracle de la vie : l’enfant sort du ventre maternel. La sage-femme, émue, le présente à sa mère avant de filer en barque avec son mari On ne la lâchera désormais plus d’une semelle, ou presque. Mariée sans enfant et déjà d’un certain âge, elle se lance dans la quête d’une femme que son mari pourrait épouser et mettre enceinte. Car oui, dans ce milieu rural musulman, la monogamie n’est pas une fatalité.

Mendoza a l’habitude de coller aux basques de ses personnages qui jouent le rôle d’émissaire ou de guide pour le spectateur dans les dédales de Manille comme dans la jungle. Ses films fonctionnent un peu à la manière d’un jeu vidéo : en général, le personnage, notre alter ego, est de dos au premier plan, et avec lui, nous explorons un univers dont on ne sait rien ou presque. C’est une grande mappemonde noire et labyrinthique qu’il faut arpenter pour la connaître.

E la nave va...

Car si le film est beaucoup plus apaisé que les précédents, les pérégrinations du couple n’en sont pas moins interrompues à plusieurs reprises par des tirs (ce qui n’empêche pas le mariage auquel ils assistent de se poursuivre), un bataillon de soldats courant vers une cible inconnue ou encore des pirates à la poursuite d’un bateau de pêche. A croire que la violence de Captive (traitant d’une prise d’otage) déborde sur cette nouvelle aventure, nous rappelant que même dans ces paysages paradisiaques dignes des plus beaux épisodes de Thalassa, au cœur de ces villages de pêcheurs et d’agriculteurs, personne n’est en sécurité. Comme le ventre du mari percé d’une balle perdue, la bulle idyllique du récit peut crever à tout moment. Cette sensation d’insécurité permanente, Mendoza en rend compte avec beaucoup de maîtrise au fil d’une œuvre extrêmement cohérente sur ce plan-là.

Comme Lola, Thy Womb est également un émouvant portrait de mère-courage (un prix d’interprétation féminine à la clé ?), prête à se sacrifier pour le bonheur des siens, en s’appuyant sur une communauté qui sait depuis longtemps qu’elle ne peut survivre qu’en s’entraidant autant que possible, même si, vue d’ici, cette tradition des mariages arrangés entre familles d’îles voisines ne laisse pas de surprendre…

Three Sisters de Wang Bing

 

Three Sisters

Quand Mendoza part de la fiction pour donner forme au réel, Wang Bing fait le chemin inverse, partant du réel pour construire ses personnages et rendre compte d’une population rurale coupée du monde (au sud de la Chine, à plus de 3000 mètres d’altitude). Mais ils ont en commun un même souci de filmer ces univers sans didactisme et sans jugement surplombant.

Dans Three Sisters Wang Bing filme sur plusieurs mois le quotidien d’enfants plus ou moins abandonnés par les adultes, se focalisant sur l’aînée d’une famille de trois sœurs, qui prend soin des plus petits tout en travaillant avec eux dans les champs ou auprès des bêtes (cochons, chèvres et moutons offrent quelques moments cocasses). Il faut passer outre la quasi-absence de dialogue et d’explication (on se contentera du nom et de l’âge des enfants) et une narration très relâchée qui n’offre que très peu de prise, pour se laisser absorber par des scènes précieuses dans lesquelles Wang Bing atteint une intimité peu commune avec ces gamins qui, la plupart du temps ne semblent absolument pas se préoccuper du filmeur.

Il excelle à capter la lumière crue filtrant à travers les fenêtres de petites maisons sombres et terriblement précaires. Le premier plan, superbe, dévoile ainsi un enfant de quatre ans, éloignant et rapprochant son visage pour échapper à la fumée (d’origine inconnue) qui s’élève devant lui. Une scène à l’image du film, qui colle à ces enfants guidés par l’instinct de survie, pour capter ce qu’il reste de tendresse et de légèreté dans un milieu économiquement précaire et qui pourrait bien disparaître un jour.

 

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Raphael Clairefond

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