Cinema
« Mortem » d’Eric Atlan, ou comment ressusciter la modernité du passé

« Mortem » d’Eric Atlan, ou comment ressusciter la modernité du passé

05 octobre 2012 | PAR Eva Blanca Soto

Eric Atlan nous livre un récit sur pellicule glaçante. En noir et blanc, argentique et esthétisme métallique, il dessine les deux facettes d’une même médaille, la vie et la mort. Thriller onirique et psychanalytique, « Mortem » est un flashback moderne qui nous entraîne de la nouvelle vague à Cocteau, d’Hitchcock à Franju.

Se retrouver face à ce qui fait le plus peur, sans aucune porte de sortie, c’est un voyage dans ces angoisses que nous propose ici Eric Atlan. Une jeune femme blonde, Jena, roule cheveux au vent sur une route de campagne et arrive dans un hôtel. Peu à peu se révèle à elle son autre Moi, une brune avec qui elle se retrouve enfermée dans une chambre. C’est son âme et son mauvais génie, celle qui lui dit tout ce qu’on sait et dont on se cache, ces faiblesses, ces lâchetés et ces illusions qui nous aident à vivre. Normal que Jena tente de fuir, mais sans porte de sortie, elle voit aussi surgir l’homme qu’elle a aimé et qui l’a abandonné. Jena est-elle folle ? Jena va-t-elle mourir ? Peu importe, comme elle, on a du mal à comprendre, et pourtant, impossible de ne pas être séduit par ce récit surnaturel où passé et présent se mêlent.

« Mortem » ce n’est pas une histoire, ce sont des sentiments et des névroses. Ils sont dépeints dans un noir et blanc saturé et extatique, grandiloquent et éblouissant. La vraie performance d’Eric Atlan est de réussir à nous emmener dans ce voyage à l’intérieur de nous-mêmes en nous ouvrant toutes grandes les portes de l’histoire du cinéma. L’ambition a quelque chose de pédant, va pour le pédant ! Les décors sont dignes d’un film de Cocteau. La musique omniprésente est faite d’harmonies symphoniques et de violons parfois désaccordés, sur le modèle de celle que Bernard Hermann composait pour les films d’Hitchcock. Les deux actrices jouent parfois presque faux, « théâtreux », comme dans des films de Renoir. Et puis il y a ces scènes, où Jena la blonde, et son âme la jeune fille brune luttent, s’embrassent, se caressent, se détestent dans un rapport de force dont l’issue sera fatale. Des références qui semblent si disparates mais qui pourtant, s’encastrent, s’emboîtent et se complètent, comme dans une formule magique.

Cette recette est l’oeuvre d’Eric Atlan et d’une poignée de passionnés. Le film a déjà voyagé, Etats-Unis, Europe, Amérique Latine. Il a remporté partout où il est passé de nombreuses récompenses. Ces prix sont autant de preuves tangibles de sa valeur. Pour aussi étrange et dense que soit « Mortem », il exhume ce qu’il y a de plus beau dans le cinéma classique, et ce qu’il y a de plus troublant dans nos peurs et nos désirs.

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