Cinema

Michael, un monstre très ordinaire

14 novembre 2011 | PAR Margot Boutges

Michael, premier film de Markus Schleinzer, présente l’horreur sous son visage le plus banal. Celui d’un homme, trentenaire, célibataire, employé modèle, qui entretient des relations cordiales avec sa famille et ses amis. Mais Michael est aussi un pédophile qui mène une existence cachée derrière ses stores baissés : il retient prisonnier un petit garçon de dix ans.

Ce film est fortement inspiré de l’histoire de Natascha Kampusch, qui a fasciné et horrifié la population autrichienne. Pendant huit ans, cette jeune fille a vécu séquestrée dans la cave de Wolfgang Priklopil. Avec Michael, Schleinzer, directeur de casting attitré de Michael Haneke, explore les rouages de cette captivité. Il s’aventure dans le quotidien de l’homme et de l’enfant, captant tous les détails de leur intimité, en s’arrêtant toujours à la frontière de l’insoutenable.

Michael a créé la polémique lors du dernier festival de Cannes. On a reproché à Schleinzer d’avoir choisi le pédophile comme point focal du film, au détriment de l’enfant, laissé au second plan. Le réalisateur se place ici dans le registre de la froide description, disséquant les actions les plus anodines de Michael à coup de longs plans séquences. Michael est tantôt presque père -bienveillant à l’égard de l’enfant, le soignant quand il est malade ou lui achetant des livres- tantôt violeur, au regard plein de désir. Schleinzer reste fortement attaché à l’ambigüité, à l’humanité de son personnage principal, refusant fermement de le « ranger » dans la catégorie, au fond bien rassurante, des monstres. Mais cette normalisation crée-elle pour autant une empathie coupable à l’égard du bourreau ? Non. A aucun moment l’extrême dangerosité de Michael n’est éludée. Ses pulsions, qui peuvent surgir à tout moment, maintiennent le spectateur dans un état de tension permanente.  Et le sourire inversé qui ne quitte pas l’enfant est une inlassable piqure de rappel des atrocités qui se jouent dans la cave.

Si Schleinzer refuse le spectaculaire de l’horreur, il n’en désigne pas moins un coupable. Il est partout. Chez ce collègue distant, ce frère absent, ce voisin de palier aux volets clos… Michael ne provoque nulle nausée. Son effet est bien plus dévastateur : il hante et nourri les suspicions.

Michael, de Markus Schleinzer, avec Michael Fuith et David Rauchenberger, 1h34, Autriche, 2011, sorti le 9 novembre

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Margot Boutges

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